Chapitre V - La route II
11/12/2015 15:07 par Lylhou
Éridan avait bu mon histoire avec de grands yeux admirateurs.
- Ainsi, la puissance des phénix coule dans vos veines ? Ça alors…
- C’est exact. C’est pour cela que j’arrive à manipuler l’Eau et le Feu. Naturellement, je ne suis pas aussi puissante avec mon Feu qu’avec mon Eau, mais comme je ne suis pas mage, je m’en fiche. J’ai juste appris deux ou trois sorts qui me sont utiles.
Il esquisse un sourire mélancolique en relevant la tête.
- Et vous ? Vous ne maitrisez qu’une seule magie ?
Il hoche la tête.
- Oui, je ne suis pas très versé dans cet art. Je connais ce que mes parents m’ont enseigné, c’est tout.
- Vous avez été soldat, je me trompe ? osè-je lui demander, curieuse.
- Oui, j’étais capitaine chez l’Art de la Guerre, une guilde militaire de Mass’Suna. Puis… j’ai fait des choix qui m’ont détourné de ce chemin.
Le guerrier semble tout à coup se perdre dans ses pensées. Je souris légèrement, du coin des lèvres, et ralentis le pas pour le laisser filer. J’ai vu dans son regard qu’il n’en dirait pas plus aujourd’hui…
Aussi étonnant que cela puisse paraitre, je me sens finalement bien. Je venais de lui compter mon histoire aussi sereinement que si je l’avais raconté à un ami de longue date. Et le tout, sans ressentir la moindre gêne ni appréhension en croisant son regard. Serait-il possible qu’il ait eu raison ? Quoiqu’il en soit, je venais de briser mon malaise vis-à-vis de lui, et pour moi, c’était déjà une sacrée victoire. En effet, étant timide par nature, de par mes origines (les créatures liées à l’Eau sont souvent des personnes timides ou hypersensibles), mais aussi de par mon caractère, j’ai toujours eut du mal à parler aux garçons et aux hommes en général. Cela explique en partie pourquoi je travaille seule d’ailleurs, et sans doute aussi pourquoi je suis toujours célibataire. Bon, pour cette deuxième conclusion, je peux ajouter que le garçon qui plaira à ma sœur et qui aura sa bénédiction n’est sans doute pas encore né et que vous vous douter bien que si ma sœur ne donne pas son aval sur un homme, ce dernier part en courant… Allez savoir pourquoi…
Un large sourire illumine donc mon visage. Je suis sereine, soulagée et contente. Que demander de mieux ?
- Ainsi, je connais désormais la légende de Lylhou, la Rôdeuse de la Mer et du Feu.
Je me retourne et vois Okamy qui me sourit. Je lui rends timidement sa risette, prise de cours. J’avais presque oublié la séraphin… la belle séraphin…
- Mais elle est moins impressionnante que celles qui courent dans les rues, reprend-elle.
- Dans les rues ?
- Oui. On entend beaucoup de chose autour d’une pinte de bière ou au détour d’une ruelle. La plus répandue est que vous seriez la fille d’un phénix et d’une ondine qui aurait hérité des pouvoirs de son père. Impossible, mais pourtant potentiellement probable.
Elle penche la tête sur le côté, légèrement, et juge ma réaction. Mes yeux ronds la font pouffer. Elle reprend :
- Où alors, une autre explique que vous seriez né dans les flammes d’un phénix mourant et que vous en auriez absorbé toute son énergie.
J’arque un sourcil.
- Où attendez, la meilleure de toute ! Vous seriez la réincarnation d’un rejeton de Calcination et de Kaa !
J’éclate de rire.
- Ne me dites pas que vous avez cru à toutes ses sottises quand même ?
- Pas le moins du monde, je vous rassure, rit-elle à son tour.
Alors que nos rires se fondent en une hilarité d’adolescentes, Okamy pose ses yeux perçants sur moi.
- Il est mignon votre guerrier… dit-elle tout à coup, avec un mimique amusé.
Je fais la moue.
- Assez oui, mais je ne suis pas son type de femme apparemment.
La mage de l’Eau penche la tête, les yeux rieurs.
- Vous m’en direz tant…
- Ce n’est pas moi qu’il le dit ! Il m’a jeté cela au visage tout à l’heure comme si de rien n’était ! répliquè-je en haussant la voix.
- C’est la première fois que vous le côtoyé ? Il fait partit de votre guilde pourtant.
Je hausse les épaules.
- Il est arrivé pendant ma dernière mission, le mois dernier. Donc, non, je ne l’ai jamais côtoyé…
- S’il est arrivé il y a un mois et que votre père l’a désigné pour vous protéger, il a dû sacrément l’impressionner. C’est vrai que je l’ai vu se battre, et il sait ce qu’il fait. Ses frappes sont celle d’un combattant aguerrit. Et il a le regard du guerrier qui a déjà connu le gout du sang.
- Oui, je me suis dit la même chose en m’entrainant avec lui. Mais je trouve cela quand même bizarre que mon père nous l’ai détaché alors que nous avons des combattants sans doute meilleur que lui…
- Vous êtes dur avec lui…
- Pas autant que lui, je crois, ripostè-je du tact-au-tac.
Elle sourit.
- Je vous ai entendu tout à l’heure. Loin de moi l’idée de vous espionner bien sûr, mais j’ai l’ouïe fine, vous savez.
Les séraphins ont effectivement une ouïe aussi fine ce que leurs yeux sont perçants.
- En fait, je suppose qu’Eridan ne veux pas vous mettre mal à l’aise, c’est tout. Il ne pense probablement pas ce qu’il vous a dit.
Sa phrase fait office d’un clou dans ma poitrine. Mais je me ressaisis immédiatement.
- Moi je le pensais, surinè-je. On est en mission, je n’ai pas le temps de fricoter, et surtout pas avec un phénix !
Mes battements cardiaques accélèrent à nouveau tandis que je m’aperçois, avec un grand soulagement, qu’Éridan ne m’a pas entendu.
La séraphin pose alors sa main sur mon épaule.
- On ne choisit jamais le moment, ni le lieu pour ce genre de chose.
Je tourne la tête vers elle. Ses yeux me transpercent. Sa voix résonne dans mes oreilles comme un tambour de guerre qui bat à l’unisson avec mon cœur. Une envie irrésistible de la toucher ou de me lover dans ses bras me transperce l’esprit. Ma respiration s’arrête, mes yeux sont totalement noyés dans ses prunelles émeraude si pénétrantes, et je suis incapable d’ouvrir la bouche et de dire quoi que ce soit. Je suis paralysé.
La mage perçoit ma gène, sourit, se retourne et reprend sa marche.
- Ne vous en faites pas, repend-elle par-dessus son épaule. Cela passe avec le temps.
Je la regarde alors s’éloigner, la dévorant du regard (et ne me rappelez pas ce que ma sœur m’a dit plus tôt !), complètement subjugué. Venait-elle de me dire cela en faisant allusion au guerrier, ou en faisant allusion à moi-même ?
Un ricanement résonne subitement à côté de moi et me sort de ma torpeur. Ma sœur vient de faire son apparition.
- Ah ben, ça alors. C’est la meilleure ! Deux pour le prix d’un ! Quel choix cornélien.
Je la foudroie du regard, mais mes joues rouges pivoines ne jouent pas vraiment en ma faveur.
- Allez, belette, avance. Et regarde la route ! Pas les fesses de la belle mage ou du soldat craquant, glousse-t-elle en bondissant pour m’ouvrir la voie.
Chapitre IV - La petite ondine
11/12/2015 15:06 par Lylhou
Je m’arrête, haletant. Je me retourne pour attendre mon ami qui me suit et qui ne semble pas, contrairement à moi, essoufflé.
- Je commence à me faire vieux, soupirè-je en reprenant un cure-dent.
- À trente-trois ans, tu t’estimes vieux ? ricane Stra’kun. On en reparle dans vingt alors.
Stra’kun est un goliath massif, à la peau brune et aux veinures sombres. Ses arcades sourcilières épaisses durcissent ses prunelles bleues océan farouche. Il me dépasse d’une tête et demie facile et porte une armure de peau avec une lourde cape de fourrure et une capuche taillée dans le crâne d’un ours. C’est un ami d’enfance, un frère même. Toujours à mes côtés, d’aussi loin que ma mémoire ne s’en souvienne.
- Dans vingt ans, je ne serais plus de ce monde, mon ami.
- Tu as bien peu d’estime pour toi, Vindi, me répond-il en riant.
Je hausse les épaules.
Malgré mon âge encore relativement jeune, je sens quand même le poids des années peser de plus en plus lourd. Cela faisait un peu moins de deux ans que j’avais fondé Aurore Éternelle et que je m’efforce de la diriger avec droiture. Pari risqué, mais pour l’instant réussi et productif. Les Princes Marchands de Mass’Kiria sont satisfaits des prestations de ma guilde et Aurore monte petit à petit en force et en réputation. Nous avons mis la main sur de redoutable combattant, des druides et des mages puissants et des guérisseurs compétents. Un très bon roster[1] qui me permet d’accepter de plus en plus de mission dangereuse et fructueuse.
Je reviens à la réalité et balaye du regard la vallée qui s’étend à mes pieds.
Nous sommes dans les Collines Bleues, à une centaine de kilomètres de la mer du même nom. La nuit est claire, mais baignée dans la lueur rougeâtre de vieille plaie de Silik, qui est seule dans le ciel. Les vallons boisés face à moi présentent de nombreux affleurements rocheux. Ces karsts encerclent des dolines plus ou moins profondes qui forment des dizaines et des dizaines de lac d’eau salé, vestige des grands fleuves salins qui parcouraient la Vallée Bleue, aujourd’hui engloutit. Le paysage luxuriant abrite une faune et une flore très riche et seule quelques fermes isolées d’éleveur de chèvre ne flanquent ces terres.
- On ne devrait plus être très loin maintenant, commencè-je.
Le goliath acquiesce sans mot, ses solides mains se refermant sur le manche de sa hache.
Il y a quelques jours seulement en arrière, nous étions aux Trois-Ponts, un village bâti sur le détroit du Guiers, à cheval sur le fleuve. Nous étions sur place pour renforcer nos liens avec les goliaths de la région, d’où la présence de Stra’kun. Ce dernier est un druide de la tribu de Dha’nna, un clan druidique qui rassemble tous les druides goliaths de la Vallée du Guiers. Un ordre ancien qui date du temps ou les Royaumes Souterrains n’avaient pas encore disparut.
Après plusieurs jours de palabre où je me suis contentais de saluer des vieux goliaths qui me répondaient à peine d’un hochement de tête, nous étions sur le départ lorsqu’un berger nous trouva. Il nous expliqua rapidement qu’il avait vu un monstre dévoreur d’enfant roder prêt de ses terres et nous a demandé de l’éliminer. Nos relations avec les goliaths de la Vallée étant ce qu’elles étaient, nous décidâmes d’aller y jeter un œil. Au moins, ils ne pourraient pas nous reprochaient d’être partit comme des voleurs…
Et nous étions donc, cette nuit, dans les Collines Bleues pour retrouver ce fameux monstre.
Le druide ferme les yeux et se concentre. Au vu de sa concentration, j’en déduis rapidement qu’il tenter de localiser notre cible en écoutant la terre et le vent.
Je vais vous avouer que j’ai toujours eu du mal avec les capacités extrasensorielles des druides… Ils lisent dans la terre comme dans un livre ouvert. Ils écoutent le vent et parlent aux arbres plus facilement qu’ils ne parlent aux hommes.
- Je sens une puissante aura, proche d’ici… Elle semble en colère… Elle semble…
Il rouvre les yeux d’un coup.
- Par là ! crie-t-il.
Le goliath s’élance alors à grandes enjambées et j’ai grand mal à le suivre.
Après une bonne cinq ou six minutes de course, Stra’kun s’arrête au sommet d’un escarpement rocheux, le regard hagard et la bouche bée.
- Qu’est-ce qu’il se passe ? demandè-je en arrivant quelques secondes plus tard, en tentant de reprendre son souffle. Par Tain, je suis trop vieux pour ses conneries ! J’aurai dû emmené Splin’ter avec nous, il m’aurait porté…
Je pose les yeux sur la clairière en contrebas et ma respiration s’arrête.
- Non de…
Mon cure-dent en tombe de mes lèvres.
Le spectacle qui s’offre à nous est digne d’un champ de bataille.
Le sol est jonché d’une trentaine de cadavres de korks. L’herbe est rougie de leurs entrailles. Plusieurs corps de loups des montagnes sont également étalés et sauvagement mutilés au milieu de ce cimetière. Des blocs de pierres, dont quelques-uns doivent peser plusieurs tonnes, sont étrangement disposés dans la clairière, semblant être directement tombés du ciel. Plusieurs korks sont d’ailleurs écrasés en dessous.
Je regarde mon ami.
- Qu’est-ce qu’il s’est passé ici ?
Le goliath secoue la tête.
- J’n’en sais rien, mais ces korks sont tombés sur plus balèze qu’eux apparemment… Et pourtant, les loups des montagnes sont pas réputés pour être des tendres… En fait, je crois qu’on a trouvé notre cible…
- Oui, ben je commence à me demander si on a bien fait de venir la chercher...
Le goliath plisse ses sourcils massifs.
- Attend, il y a quelque chose au centre de la clairière.
En effet, au centre du charnier, une carapace de tortue est posée sur une pierre plate et, étonnamment, tous les cadavres sont disposés en cercle autour de cette dernière, comme s’ils avaient été tués en tentant de la récupérer.
La carapace est recouverte d’un linge blanc souillé et salit par le temps.
Stra’kun aperçoit un léger mouvement à l’intérieur.
- Eh ! C’est un couffin ! Et il y a un bébé dedans !
J’ouvre de grands yeux et reste un instant un suspens alors que le goliath dévale le rocher et s’approche de la pierre plate. Je lui emboite alors le pas, aux aguets.
Arrivés à quelques mètres, nous voyons qu’effectivement, il y a un bébé dans la carapace. Une petite ondine apparemment, si on en juge par la couleur bleutée de sa petite frimousse aux cheveux noirs. Elle semble respirer difficilement.
- Elle a l’air mal en point, indiquè-je, en m’agenouillant.
- Reculez ! tonne alors une voix derrière nous.
Nous nous retournons et tombons nez à nez avec une tarenkas énorme. Stra’kun serre les dents. Les tarenkas sont réputées pour être bien plus dangereuses que les loups des montagnes… Celle-là est d’autant plus bien loin de ses terres… Très très loin même. Les Jungles d’Azanie, leurs territoires, se trouvent dans l’est de Ny’ar à un peu plus de deux mille deux cents kilomètres d’ici…
- Reculez de ma sœur. Exécution ! ordonne-t-elle à nouveau en se plaquant au sol, prête à bondir.
- Nous ne voulons pas vous prendre le bébé, et encore moins lui faire du mal, commencè-je en tentant de calmer l’arachnide.
- Reculez !
La voix de l’araignée est puissante et rocailleuse, semblant gronder depuis l’Outre-Monde lui-même. J’ai l’impression que le sol tremble sous mes pieds lorsqu’elle résonne.
- Bien, bien, nous reculons, réplique aussitôt le goliath en s’exécutant et en reculant de la pierre plate. Mais votre sœur est souffrante. Nous pouvons l’aider.
L’araignée plonge alors son regard dans celui du goliath. Yeux dans les yeux, ils restent ensuite de longues secondes à s’observer. Secondes qui me paraissent durer une éternité.
L’araignée doit être le monstre dont nous à parler le berger, mais elle dégage une aura de puissance énorme, bien loin de ce que j’aurai pu m’imaginer. Je me demande même si nous avons ne serait-ce qu’une chance contre elle. Je sens son aura m’écraser les épaules. Rares sont les individus à dégager une telle intensité. D’habitude, pour percevoir l’aura d’une créature ou d’une personne, il faut se concentrer de longues minutes. Et encore, elles sont généralement insignifiantes. Mais là, c’est tout le contraire. Inutile de se concentrer pour sentir l’écrasante énergie de cette créature. Le seul point qui me rassure à cet instant est que les yeux de l’arachnide sont d’un vert brillant et qu’il ne s’agit donc pas d’une sombre bête.
Mon ami goliath tient toujours fermement son immense hache à deux mains, tandis que la tarenkas se ramasse de plus en plus sur elle-même, prête à fondre sur lui d’un instant à l’autre. Les deux individus se jaugent, cela ne fait aucun doute. Le duel qu’ils mènent est pesant. De la sueur perle du front du goliath et les yeux de l’araignée se font de plus en plus menaçants. L’aura rougeoyante de Silik ne fait qu’aggraver la situation et les plongent dans une lueur de braise prête à exploser.
Alors que la tension s’aggrave de seconde en seconde, je porte la main au fourreau de mon épée longue, à ma ceinture, et j’en repousse la garde avec le pouce. Le glissement métallique de la lame sur la gaine résonne dans toute la clairière.
Un linceul de flammes commence à me couvrir les mains, puis monte sur mes bras. Je sens la colère s’élever en moi. Prêt à fendre l’air d’une seconde à l’autre, j’incante d’un souffle :
- Magie élémentaire du Feu : Lame flamboyante.
- Je m’appelle Arachis, dit alors l’araignée, d’une voix terriblement calme.
Un instant plus tard, comme si elle avait fini de juger nos âmes, l’araignée perd la lueur carnassière qui rayonnait dans son regard. Elle laisse sa posture de prédateur, prête à fondre sur une proie, et s’assoit sur ses quatre paires de pattes velues.
Le goliath sourit, semblant soulagé, et relâche sa poigne sur le manche de son arme. Je reste un instant en attente. Ce changement d’attitude est louche… Les flammes qui me recouvrent les bras finissent par remonter le long de ma gorge. Mon regard s’enflamme et je termine de tirer mon épée.
- N’aie crainte, mon ami, commence le goliath à mon attention. Elle n’est pas notre ennemie. Je suis Stra’kun, Druide d’Aurore Éternelle, et voici mon Maitre de Guilde…
- Vindikaëll, la coupe la tarenkas. Vous êtes les hommes que je cherchais.
J’arque un sourcil. Le linceul de flammes qui me couvre le corps disparait. Je rengaine.
- Comment connaissez-vous mon nom ?
- On posera les questions plus tard. Voyez ma sœur. J’ai beaucoup voyagé avec elle. Elle s’appelle Lylhou et elle a perdu ses parents. J’ai juré de la protéger, mais je ne peux rien faire contre le mal qui l’habite…
Je hoche la tête et me dirige au chevet de la petite fille.
Elle dort.
Son visage paisible semble hanté par les ténèbres et une sombre lueur émane de son cœur. Son sommeil est agité, sans doute en proie à de nombreux cauchemars. Je m’agenouille et lui caresse la joue du bout des doigts. La petite fille esquisse immédiatement un sourire et soupire d’aise. Je me déride à son tour.
Je n’ai ni femme, ni enfant. Seul depuis longtemps, je me sens tout à coup remarquablement bien. Le sourire angélique de l’ondine embrase quelque chose dans mon âme : une flamme si longtemps éteinte semble se rallumer au fin fond de mes entrailles.
Je me surprends alors à aller chercher sa petite main et à lui glisser mon doigt à l’intérieur. L’enfant me le serre immédiatement.
Mais mon regard s’assombrit d’un coup.
Sa main est froide comme la pierre.
- Depuis combien de temps voyage-t-elle avec vous ? commencè-je, en la sortant rapidement de la carapace de tortue et en la prenant dans les bras.
- Plusieurs mois. Je lui fais téter les chamois et les chèvres sauvages de la région, m’explique l’araignée.
- Son cœur est faible, son corps est froid ! Elle ne va pas survivre, lâchè-je d’une voix sombre et troublée. Pourquoi l’avez-vous gardé ? Pourquoi ne pas l’avoir emmené dans un village ? Vous l’avez condamné !
L’araignée hausse les épaules.
- Son heure n’est pas encore venue, dit-elle d’un timbre neutre et diaboliquement froid.
- Son heure va sonner au contraire ! Nous sommes bien trop loin du village le plus proche maintenant et elle ne tiendra pas une heure de plus ! Elle ne tiendra peut être même pas une minute de plus !
- Alors, fais ce que tu as à faire, phénix.
L’araignée fronce les sourcils et plonge ses huit grands yeux brillants dans mon regard émeraude.
Je serre l’enfant contre moi et mon regard s’assombrit de terreur.
- Non, pas déjà ?
Je mets l’ondine en berceau. Sa respiration vient de s’arrêter.
- Non !
Lylhou a le visage souriant, mais plus aucun souffle d’air ne sort ou n’entre dans ses poumons. Elle s’est éteinte sans bruit, sans doute rassurée d’avoir trouvé un cœur chaud pour la guider vers la Tisseuse.
- Nooooon ! ! hurlè-je en tombant sur les genoux. Non… Non, non…
L’araignée semble impassible, le regard grave, mais neutre.
Stra’kun s’approche de moi.
- Vindi, on est arrivé trop tard. Tu ne peux rien y faire… Je suis navré, mon frère.
Je ne l’écoute pas. Je pleure, à grosse larme, et les perles salées qui ruissèlent de mes yeux s’écrasent sur le visage de l’enfant. Coulant alors sur les joues creuses de l’ondine, mes larmes paraissent sortir de ses petits yeux clos, semblant ainsi m’accompagner dans ma peine.
- Je ne peux pas… Je ne peux pas la laisser mourir comme cela…
Ma voie qui tremble, défaillante, est étouffée de sanglot.
- Tu ne peux plus rien faire de plus, mon frère, c’est terminé, réplique le goliath d’une voix triste.
Il pose sa main sur moi.
- Je ne peux pas ! criè-je en le repoussant d’un mouvement d’épaule. Je ne la laisserai pas partir comme ça !
J’installe alors le bébé sur le linge, au sol et m’agenouille au-dessus de lui. Je pose ma main sur sa poitrine et mon front sur le sien. Je ferme les yeux.
- Tu vivras, Lylhou. Tu vivras et je t’élèverai comme ma propre fille. Je te le jure.
Mon aura s’intensifie, jusqu’à transpirer de mes yeux, dont la couleur émeraude vire à un rouge de braise, en formant des larmes d’or. Mon compagnon goliath perçoit l’énergie du Feu qui m’habite traverser ma main et pénétrer la poitrine de l’enfant. Mon souffle chaud s’infiltre dans la bouche de la petite alors qu’une vapeur flamboyante lui ravive la flamme de son cœur.
Lylhou ouvre les yeux.
Un sourire illumine mon visage tandis qu’une de ses mèches de cheveux vire lentement à l’orange.
Je m’effondre alors à ses côtés. Mes yeux se révulsent. Je cherche, dans un dernier sursaut d’énergie, la main de l’enfant et souris. Mon souffle devint court et mon cœur ralenti à la limite de s’arrêter. Je suis épuisé, totalement vidé. Je ne pensais pas y arriver…
- Par Tain ! Vindi ! Qu’est-ce que t’as fait ?
Le goliath se précipite sur moi. Stra’kun n’est pas guérisseur, et sa maitrise de la magie de la Terre ne lui est d’aucun secours. Il sait bien préparer quelques infusions contre les maux de tête ou panser une blessure, mais là… je le sens totalement impuissant.
- Il ne mourra pas, dit sèchement l’araignée en arrivant à son niveau. Ton ami est puissant et son cœur est grand. Il n’a pas eu à user de toute sa Flamme pour sauver la petite.
Le goliath lève les yeux vers l’araignée et serre les dents.
- Qui es-tu réellement, Monstre?
Elle lui offre un sourire vorace en guise de réponse.
- Je m’appelle Arachis, et je suis la sœur de la fille de ton Maître dorénavant. Je savais juste où vous chercher. Enfin, disons plutôt que je savais juste comment vous attirer ici…
- Tu mens !
- Oui, glousse-t-elle d’un rire affamé. Mais mes secrets ne te concernent pas, Druide de Dha’nna. Sache juste que ce qu’a fait Vindikaëll aujourd’hui sauvera le monde de demain. Maintenant, attendons qu’il se réveille, et rentrons, tous ensemble. Je suis las de mes voyages.
[1] Roster : Terme militaire myrmes pour désigner un bataillon de whar. Les guildes de Ny’ar l’utilise dorénavant pour parler de leurs effectifs.
Chapitre III - La route I
11/12/2015 15:06 par Lylhou
Nous reprenons la route à la première lueur de la Mère Soleil le lendemain matin, à la suite d’un riche petit déjeuner et après avoir, naturellement, payé notre dû. Je retrouve alors ma sœur, qui a apparemment tenu la discussion la moitié de la nuit avec l’un des gardes de l’aubergeresse.
- J’ai quand même le droit de tchatcher avec des gens, s’taup me chouffer avec tes yeux de belette enfarinée.
Je hausse les épaules.
Ma sœur qui discute avec des inconnus… humains par-dessus le marché… Voilà qu’elle devenait sociable avec les chats et les hommes… On aura tout vu !
Cette deuxième journée de voyage ressemble à la précédente, et celles qui suivirent également. Nous faisons de courtes pauses le midi, durant lesquelles je m’absente avec Arachis pour aller chasser et fourrager un peu, et le soir nous faisons halte dans une aubergeresse pour repartir au petit jour.
Mes compagnons continuent d’avaler les kilomètres sans trop de difficulté.
Okamy s’envole de temps en temps, mais jamais plus de quelques minutes, sans doute pour se dégourdir les ailes et Eridan avance sans montrer la moindre fatigue. Le soir, avant d’aller nous coucher, nous jouons un peu aux cartes où nous profitons des chansonnettes d’un barde. Mes compagnons sont détendus. La situation allait sans doute changer dans quelques jours, quand nous entrerons dans La Sapine, mais pour l’instant, je profite de ses petits moments joyeux avec plaisir. Même si je semble toujours autant embarrassée devant Eridan ou Okamy, je parviens à garder un semblant de présence malgré tout, bien que je sente qu’Arachis attend la moindre faiblesse de ma part pour en rajouter une couche et m’enfoncer toujours plus loin dans les tréfonds de la honte.
Nous sommes au cinquième jour de notre voyage, lorsqu’Eridan m’aborde, après notre pause de midi.
- Je vois que vous avez arrêté de me fuir.
- Je vous l’ai déjà dit, je ne fuis devant personne…
Il sourit.
- Si cela peut vous rassurer, vous n’êtes pas mon type de femme.
Je m’arrête, l’espace d’une petite seconde seulement, le temps que j’encaisse le coup. Wow, je ne m’attendais pas cela…
Alors que j’ai l’impression d’entendre dans ma tête une vitre se briser en mille morceaux, je serre les dents et tente de me composer un masque d’indifférence. Je dis bien « tente ». Dans les faits, j’ai plutôt l’impression que la crispation et la désillusion se voie sur mon visage comme une épeire titan au milieu de sa toile…
- Ne le prenez pas mal, je me trompe peut-être, mais je préfère être clair, reprend-il comme s’il venait juste de m’annoncer qu’il avait envie de manger une pomme. J’ai souvent étais dans des situations comme celle-là, et je préférais quand ma promise me disait clairement que je ne l’intéressais pas.
- Vous ne m’intéressez pas, crachè-je alors en accélérant le pas.
Les mots fusent et sortent de ma bouche comme une flèche. Cependant, la colère dans ma voix crie en fait tout le contraire. Elle hurle même à qui veut bien l’entendre combien il vient de me tuer. J’ai l’impression que les railleries de ma sœur à huit pattes résonne déjà dans ma tête.
Il accélère le pas pour me suivre.
- Bien. Maintenant, nous pouvons commencer une relation d’amitié normale.
Non, mais il est sérieux là ? Le gars débarque comme ça, m’envoie bouler comme une chaussette sale et il veut maintenant tranquillement taper la causette ? Je boue. Entre larme et colère. Pour qui ce prend-il ce blanc-bec ? Je suis Lylhou, fille de Vindikaëll ! J’ai sans doute terrassé plus de kork dans ma vie qu’il n’en croisera dans dix vies entières. Je suis la Rôdeuse de la Mer et du Feu, j’ai traversé des contrées inexplorées, sondé les cavernes les plus profondes et escalader les plus hautes montagnes. Je vis avec une Tarenkas. Par Tain, pour qui ce prend-il ? D’accord, belle gueule il a, mais a-t-il ce qu’il faut là où il faut pour faire ne serait-ce que le dixième de ce que j’ai fait avec mes dix doigts ?
Pfff, baltringue, comme dirait ma sœur…
Il continue à marcher à mes côtés pendant de longues minutes. Minutes où je me concentre pour fixer la route de mon regard. Alors que je me répète sans arrêt que ce n’oub (oui, quand je suis énervé, je parle comme ma sœur…) n’en vaut pas la peine, je reprends un peu de ma personne. Je relève les épaules et la tête. Je fronce les sourcils. J’ai encaissé, mais malgré tout, mon cœur tambourine encore dans ma poitrine… Tout ce qui ne nous tue pas, nous rend plus fort comme on dit…
- Parlez-moi un peu de vous, voulez-vous ?
Sa voix est douce. Je plisse les yeux et grimace.
- Je suis une ondine, j’ai pas connu mes mères et j’ai été trouvé par mon père dans les Collines Bleues. D’autres questions ?
Ma voix est sèche et claque comme un coup de tonnerre. Cette brutalité m’étonne. Je ne suis pas agressive comme cela d’habitude. À croire qu’il m’a touché là où il ne devait pas. Mais il vaut mieux que je me barricade derrière mon mépris plutôt que de fondre en larmes, non ?
- Et ? reprend t-il, insistant.
- Et je ne suis pas votre type de femme ? renchéris-je, dégoulinante d’une ironie malsaine.
Par Tain… Qu’est-ce que je dis…
Il me sourit tendrement.
- Croyez-moi, je ne suis pas à votre niveau, que ce soit en tant qu’aventurier, qu’en tant qu’être humain. Mon passé est plutôt sombre… Je suis un homme compliqué.
Compliqué, compliqué, t’es qu’un…
- En fait, je vous admire, Lylhou, fille de Vindikaëll. Vous êtes une belle femme, terriblement forte. Vous savez que si je suis rentré dans votre guilde c’est uniquement pour avoir une chance de faire une mission avec vous ?
Il me lance un regard attendrissant.
À quoi il joue ? Il m’envoie balader et là il me fait ses yeux de phénix charmeur ?
- Ben, votre souhait est exaucé, dis-je. On va marcher dans la boue, sous la pluie et traverser les contrées les plus dangereuses que vous ne traverserai jamais. Vous avez gagné le gros lot visiblement. Et avec un peu de chance, vous rentrerai vivant pour raconter à votre famille tout ce que vous avez vu…
Il me sourit à nouveau. Il ne semble vraiment pas regretter ce qu’il venait de dire. À croire qu’il l’a vraiment dit cela pour me soulager ? Mon mal être était-il si évident à voir ?
- C’est un véritable honneur que de voyager avec vous, Rôdeuse de la Mer et du Feu.
Il incline la tête révérencieusement.
Je balaye sa courtoisie d’un mouvement de la main, tentant de rester toujours maître de mon corps qui peine de plus en plus à paraitre normal. Un terrible envie de me jeter dans ses bras me brule les tripes…
- En parlant de cela, Lylhou. Comment une ondine maitrise-t-elle la magie du Feu ?
Je m’immobilise et plonge mes yeux mauves dans les siens. Il semble étonné que je ne m’arrête. S’attendait-il sans doute à ce que je l’envoie balader à mon tour ?
Je lui réponds alors, en enroulant ma mèche orange autour de mon doigt :
- C’est une longue histoire. Vous voyez cette mèche ?
Encyclopédie des Savoirs Anciens : Les aubergeresses
11/12/2015 15:05 par Lylhou
Les aubergeresses sont de véritables petites forteresses dédiées au repos des voyageurs. Construites le long des routes commerciales, et espacées les unes des autres d’une trentaine de kilomètres, ces établissements furent édifiés à la demande des Princes Marchands lorsque le négoce commença à se développer entre leurs grandes cités.
Chaque aubergeresse est dirigée par un « patron ». Généralement, ce poste est très souvent racheté par des anciens employés ou hérité de père en fils (ou de mère en fille). Les aubergeresses vivent principalement des subventions des Princes Marchands des cités qu’elles relient. Ces subventions servent à entretenir les bâtisses et à payer les gardes, qui assurent la sécurité de la place, les trappeurs, qui s’occupent de chasser et fourrager pour les repas, et les serveurs, dames de chambre, cuisiniers et garçons d’écurie. Les Princes Marchands ont d’ailleurs tout intérêt à entretenir ses aubergeresses, car sans elles, les voyages seraient tellement dangereux que le commerce s’arrêterait presque immédiatement. Et sans commerce, pas de richesse.
Comme les aubergeresses sont financées par les Princes Marchands, ce sont ses derniers qui fixent les tarifs des nuitées, qui sont toujours abordables, même pour les plus modestes. Quant aux plus pauvres, s’ils ne peuvent payer le prix de la nuitée, ils peuvent tout de même dormir gratuitement dans les granges, à même le foin. Les aînés sont également accueillis, soignés et nourris dans les étables.
Les aubergeresses offrent donc le gîte, sous forme de chambre individuelle, double ou communes pour les moins aisés ; et le couvert. Le repas du soir et le petit déjeuner sont toujours compris dans la nuitée. Ces derniers se passent généralement dans une grande salle au rez-de-chaussée où tous les voyageurs mangent ensemble. Dans l’enceinte de l’aubergeresse, des artisans louent généralement leurs services de forgerons, cordonniers, tisserands, herboristes ou chasseurs pour permettre aux aventuriers de renouveler leurs stocks ou de réparer ou remplacer leur équipement endommagé.
Par sieur Daraiden, Maître du Savoir de Mass’Hillia
Chapitre II - Aubergeresse
11/12/2015 15:04 par Lylhou
L’après-midi touche à sa fin lorsque nous arrivons en vue de l’aubergeresse du Poney Royal.
Dans la cour, protégée par de hauts murs de pierre et de bois, s’affairent plusieurs garçons d’écurie qui courent dans tous les sens pour s’occuper des bêtes, du fourrage et de l’eau. La bâtisse est composée d’un imposant bâtiment principal, avec les cuisines, la salle de restauration et les chambres, et de plusieurs annexes : une forge, une grange et divers ateliers plus modestes. Il y a également un puits qui alimente des abreuvoirs et des lavoirs. Plusieurs gardes surveillent les allés et venu des personnes présentent, les uns patrouillant sur le chemin de ronde, en haut des murs, les autres postés à l’entrée devant les lourdes portes qui clôturent l’aubergeresse.
L’un d’eux vient nous accoster.
- Bonne soirée, Voyageur.
Je réponds, en inclinant la tête de courtoisie.
- Bonne soirée, Sentinelle. Nous désirerions trois chambres pour la nuit, s’il vous plaît.
Le garde hoche la tête.
- Je vous invite à entrer et à aller voir le patron. C’est un petit monsieur barbu, explique-t-il en désignant de la tête la plus grande des bâtisses. Bonne soirée.
Le garde accoste ensuite un couple derrière nous tandis que nous nous engageons et traversons la cour. Je pousse la porte de l’auberge et aussitôt l’odeur de la nourriture chaude sortant des cuisines envahit mes narines. Je souris. Un bon repas chaud après une journée de marche, il fallait en profiter. Une fois dans La Sapine, ce confort serait révolu.
La pièce est grande, chaleureuse, avec un haut plafond aux poutres apparentes où pendent de vieilles toiles d’araignées des maisons. Un grand feu brule dans une cheminée sur la droite et dans laquelle d’immenses buches flamboyantes se tassent légèrement, au moment où mon regard se pose sur elles, en faisant jaillir une fontaine d’étincelles. Au fond de la salle de réception, un bar, qui prend toute la largeur de la pièce, et l’escalier qui mène aux chambres à l’étage. L’atmosphère est guillerette : plusieurs bardes chantent pour de petites assemblées, les chopes s’entrechoquent et le bruit des cuillères et des couteaux résonnent dans les assiettes de terre cuite.
Je cherche du regard le petit bonhomme barbu, et je le trouve affairé derrière un pupitre, sur un tabouret qui semble trop grand pour lui.
- Bonsoir, Patron. Nous désirons trois chambres simples, pour mes compagnons et moi-même.
Petit, menton pointu avec une barbe mal taillée, teint hâlé à la limite du sale, petits yeux coquins, l’aubergiste, assez âgé, me dévisage.
- Oui, oui, j’devrais avoir cela, dit-il rapidement en feuilletant ses papiers. Oui, voilà.
Il se retourne, prend des clefs et me les tend.
- Deuxième étage : troisième, quatrième et sixième porte à droite. Le repas est en train d’être servi, si vous voulez une gamelle, dépêchez-vous d’aller vous trouver un siège. Bonne soirée.
Je prends les clés et le remercie. Il ne m’écoute pas, son attention s’étant déjà reportée sur la pile de papiers entassée sur son bureau.
- Allez, allons trouver un endroit où poser nos fesses, m’exclamè-je en désignant du menton, pour mes camarades, les grandes tables qui trônent dans la salle.
Il reste encore beaucoup de place, l’aubergeresse est peu remplie ce soir.
Après un copieux repas composé de soupe, de pommes de terre, de lards et de fromage, nous montons nous coucher les uns après les autres. Arachis va dehors, les aînés n’étant pas admis dans les chambres, à moins d’être de petite taille, comme Splin’ter.
Cette première journée de voyage m’en avait donc appris un peu plus sur mes compagnons.
Okamy est aussi gentille et calme que le laisse entendre la couleur de ses ailes. Sa prestance reste cependant pour moi une énigme et son sourire enjôleur me met toujours aussi mal à l’aise (décidément, mes hormones n’en font qu’à leurs têtes ces derniers temps…), mais à part cela elle a aussi une bonne constitution et marche à bon train. Éridan, quant à lui, est aussi solide que sa carrure le laisse penser. Bien qu’il fut un peu distant aujourd’hui vis-à-vis de moi (ce qui éveille ma curiosité tout en me rassurant, car je n’ai pas eu à trouver de plates excuses pour l’éviter avec des joues rouges pivoines) il avait lui aussi bien marché malgré le lourd barda qu’il transporte. Splin’ter, quant à lui, est peu bavard. Du moins, avec moi. Avec Arachis, c’est une autre histoire. Toujours à lui susurrer des phrases inaudibles qui l’a fait glousser, il semble s’entendre à merveille avec ma sœur. Je les ai même surpris plusieurs fois à rire, le chat perché sur ses épaules. J’en suis resté bouche bée.
- Alors, comme cela, le chat et toi êtes devenus ami ? demandè-je innocemment à ma sœur, que j’avais accompagnée dehors pour prendre l’air.
- Yep, même s’il me coufle quand même à essayer de lire dans mes pensées. Bon, quand il devient trop relou, j’ai de bons arguments pour le remettre à sa place donc ça va, je gère, tkt.
Je souris.
- Et puis, c’est le compagnon de ton daron, reprend-elle en haussant ce qui lui sert d’épaules. Alors il fallait bien qu’un jour je finisse par le blairer.
- Oui, mais il t’en aura fallu du temps.
- Peut être autant qu’il t’en faudra pour que tu ne rougisses pas comme une tomate face à ton preux chevalier ou ta belle prêtresse, ricane-t-elle.
Je plisse les yeux et fais la moue alors qu’elle reprend avec son sourire carnassier habituel :
- Allons allons, belette. Okamy est une belle femme, on ne peut pas le nier, et Éridan est plutôt beau gosse aussi. Tu les kif, j’ai vu comment tu les dévores des yeux.
- Je les dévore pas des yeux !
- Ouais, ouais, tu m’en diras tant… Allez, va te pieuter, le voyage ne fait que commencer. Et dors, ne te triture pas l’esprit pour savoir qui est mieux entre le guerrier ou la mage…
Je grimace comme une petite fille vexée. Je ne les dévore pas des yeux… n’importe quoi.
Encyclopédie des Savoirs Anciens : Le sni'k , le pain des voyageurs
11/12/2015 15:03 par Lylhou
Voyager sur Ny’ar est loin d’être de tout repos, aussi, en plus de devoir avoir la force d’entreprendre de long voyage à pied, il faut également savoir chasser et fourrager pour ne pas mourir de faim. Pour ceux qui ne sont pas doués pour cela, les goliaths ont créé le sni’k, des petites galettes de farine de blé et de miel qui tiennent leur nom des snires, les abeilles géantes élevées par les myrmes et aujourd’hui encore, par les goliaths.
Ces galettes, communément appelées pain des voyageurs, ont la particularité de ne pas s’émietter et de se conserver très longtemps. Avec le temps, elles peuvent durcir, mais elles peuvent alors être consommées trempées dans une boisson chaude ou une infusion. Une demi-galette permet l’équivalent nutritionnel d’un repas.
Ingrédients (pour 24 galettes) :
1 grande tasse de farine de blé complète
1 tasse de sucre roux
1 cuillère de levure
1 cuillère de miel
1 pincée de sel
2 œufs entiers et légèrement battus
Quelques pincées d'amandes ou de noisettes concassées très grossièrement
3 cuillères d'huile végétale
Préparation :
Mélanger farine, sucre, miel, levure et sel.
Battre les œufs et l'huile.
Ajouter le mélange liquide au mélange sec et bien mélanger afin d'obtenir une pâte lisse.
Incorporer les amandes (ou les noisettes) en pétrissant la pâte.
Diviser la pâte en six portions et façonner fermement en forme de rouleaux large comme une demi-main.
Cuire les rouleaux environ une demi-heure ou jusqu'à ce qu'ils soient bien dorer. Lorsqu'ils sont encore chauds, couper en tranches.
Laisser refroidir sur une grille.
Par sieur Daraiden, Maître du Savoir de Mass’Hillia
Chapitre I - Départ
11/12/2015 15:02 par Lylhou
Au petit matin, mon père, accompagné de Frek’thar, m’escorte jusqu’aux portes de la ville, avec Arachis, Éridan et Splin’ter. Nous retrouvons sur place Okamy et sa Maitresse de Guilde, Anaria.
Elles nous saluent.
Nous sommes donc prêts à commencer un long voyage, et mon regard se pose sur mes nouveaux compagnons de route.
Les longs cheveux argentés d’Okamy sont tressés et nattés. Elle est coiffée d’un bandeau beige et un châle de même teinte couvre ses épaules. Son buste est drapé d’un linge bleu foncé qui couvre sa poitrine, et qui tient grâce à des bretelles d’argent qui partent des épaules et ferment le bas de son corsage. Dans le creux de son décolleté apparait un collier serti d’une gemme bleue, symbole des Prêtres et des Prêtresses de l’Eau. Le ventre nu, une large bande de tissu lui ceinture la taille, maintenue par une petite lanière de cuir sur laquelle sont attachées de petites sacoches. Elle porte des bottes qui lui montent jusqu’aux genoux au-dessus d’une paire de collants. Sur les bras, des brassards en laine fine et beige partent des poignets, montent jusqu’au coude et se terminent par un renfort de cuir protégeant l’articulation. Enfin, sur le dos, la séraphin arbore un petit sac de toile, entre sa paire d’ailes aux plumes aussi blanches que le givre d’un matin d’hiver.
Sa tenue est légère, voire même un peu trop à mon gout, mais les séraphins ne s’habillent jamais vraiment beaucoup. Cependant, cette tenue lui allait parfaitement bien et la rendait terriblement craquante.
Éridan, quant à lui, porte un plastron de plate qui lui couvre le haut du torse au-dessus d’une chemise de mailles qui est tenue à la taille par une ceinture en cuir noir. Sur ses épaules, une cape de voyageur en laine, assez large pour servir de couverture, d’un brun délavé. Ses bras sont protégés par des brassards de plaque, frappés d’une héraldique familiale. Il a un pantalon de cuir, des jambières épaisses et une paire de lourdes bottes fourrées. À sa ceinture pend le fourreau de son épée, ainsi que celui d’une dague, et il a une large sacoche au niveau des fesses. Son bouclier de fer est accroché sur son sac à dos, qui parait plutôt lourd et bien rempli.
Lui, semble donc plus prêt à affronter un long voyage que ma compagne mage. Et malgré son équipement de qualité moyenne, il présente la carrure digne d’un soldat aguerri.
Après une volée de belles paroles, nous faisons alors nos adieux à mon père et à Anaria. Frek’thar nous salue en posant son poing sur sa poitrine.
Je me retourne et mets la ville dans mon dos. Prenant une grande inspiration je fais le premier pas de notre long périple, en espérant de tout mon cœur que mes compagnons tiennent le coup.
Une sombre émotion emplit tout à coup mon cœur et j’ai la cruelle sensation que nous n’allions pas tous rentrés sains et saufs… Un voile noir m’obscurcit la vue, comme un sombre présage. Je revois Silik seule… Je serre les poings.
Arachis se flaque à mes côtés et me sourit voracement, comme à son habitude. Je lui rends son sourire et la noirceur qui venait d’envahi mon cœur s’évanouit aussi soudainement qu’elle était arrivée.
- Allez, en route !
La première partie du voyage allait être rapide. Nous allions rejoindre Lass’Arbora, une petite ville à l’ouest de Mass’Kiria, dernier bastion humain avant les terres sauvages de l’Ouest et grand carrefour commercial entre le Mitan et le Sud. Elle est située à un peu plus de deux cent septante kilomètres, ce qui représente environ dix jours de marches. C’est un chemin sûr, bordé par des aubergeresses. La route est pavée et nous permet d’avancer à bon rythme la journée tandis que les aubergeresses nous permettent de nous reposer et de manger chaud une fois le soir venu.
Durant cette première journée de marche, nous rencontrons nombre de marchands, eux aussi allant ou venant de Lass’Arbora. Je repère rapidement l’endroit où, l’avant-veille, nous avions combattu les séraphins, et leurs cadavres (ainsi que toutes leurs affaires) ont disparu. Les charognards avaient donc bien fait leurs boulots, aussi bien les créatures qui ont dévoré les corps, que les fossoyeurs, qui ont, eux, récupéré tout ce qui avait un tant soit peu de valeur.
- Alors comme cela, vous êtes une spécialiste de l’Ouest ? me demande Okamy en marchant à mes côtés.
Malgré sa constitution, qui parait plutôt faible, la prêtresse des Poussières avance avec une foulée soutenue.
- En effet. Je suis allé là-bas à de nombreuses reprises. On peut presque dire que j’ai grandi dans l’Ouest.
Elle me sourit.
Okamy est décidément une très belle femme. Bon, c’est vrai aussi que c’est également la première séraphin que je rencontre. Mais elle ne fait que confirmer les rumeurs qui disent que toutes les femmes oiseaux ont l’aura et la prestance d’une reine. Même si les autres filles d’Aurore Éternelle sont de belles femmes, comme Lilia ou Neïaa, pour ne citer qu’elles, Okamy est à un tout autre niveau. Un niveau qui dépasse même la limite de l’entendement.
Un raclement de gorge me fait détourner le regard.
- Lylhou ? me-hèle Arachis.
Je me détache d’Okamy et m’approche de ma sœur.
- Oui ?
- Non rien, je voulais juste que tu évites de tomber dans les pommes en discutant avec la mage.
Elle se tourne vers moi et me fait son plus beau sourire carnassier. Je plisse les yeux.
- Poussinnette… Parfois, je te déteste !
Elle montre les crocs.
- S’taup avec ce sobriquet ridicule, belette !
Elle accélère le pas et saute dans la frondaison des arbres, disparaissant ainsi de nos regards. Je ne la reverrai pas avant la fin de la journée.
- Elle a l’air d’avoir un sacré caractère votre sœur, dites-moi, rit Okamy, amusée, en revenant à mon niveau.
- En effet, et c’est le peu de je puisse dire…
Je regarde la position de la Mère Soleil. Elle va bientôt atteindre son zénith.
- On va faire une pause pour manger, ordonnè-je en levant le bras et en désignant de grosses pierres le long de la route.
Tous acquiescent et nous nous restaurons alors avec les sni’k donnés ce matin par les marmitons d’Aurore Éternelle.
Encyclopédie des Savoirs Anciens : Culte des Esprits : Quetzal
11/12/2015 15:01 par Lylhou
Quetzal est l’Esprit Primordial des routes, des voyageurs, des oiseaux et des séraphins. Il ressemble à un serpent volant géant qui arbore des plumes colorées brillantes et scintillantes. Toujours en guerre contre son ennemi juré, Dra’Kin, qu’il traquera jusqu’à la nuit des temps, Quetzal est également le Seigneur de la Chasse et donc, par extension, des rôdeurs.
Les rôdeurs, et tous les voyageurs en général, effectuent une offrande à un sanctuaire de Quetzal avant de partir sur les routes, de manière à s’attribuer sa protection. Cette offrande prend généralement la forme d’un bâtonnet d’encens qui est brulé comme un cierge ou, plus communément en rase campagne, par un petit morceau de charbon ou de bois jeté dans un brasero.
Les sanctuaires du Gardien des Chemins sont sobres et généralement postés aux portes des cités et dans les aubergeresses, bien qu’on puisse également en trouver de très simples (sous la forme de petite statue ou d’un autel de pierre) le long des routes.
De par les dangers qui rôdent dans la nature sauvage de Ny’ar, Quetzal est un des Esprits les plus adorés. Cependant, malgré cette popularité, et contrairement aux autres Esprits Primordiaux, les sanctuaires de Quetzal ne possèdent aucun gardien qui les veillent et les protègent. Étant toujours modestes et n’ayant rien à voler, ils n’en ont pas besoin. L’entretien des sanctuaires est directement effectué par les personnes qui viennent y faire une offrande ou une prière. Si des séraphins habitent à proximité de ses derniers, ils se font un devoir de participer à cet entretien, Quetzal étant par définition leur Esprit protecteur.
Par sieur Daraiden, Maître du Savoir de Mass’Hillia
Chapitre XVII - Dernière Nuit
11/12/2015 15:00 par Lylhou
Ce soir-là, je me couche tôt. Pas de thermes, pas de jeux… J’ai mangé à l’Épée Brisée comme à l’accoutumée avec ma sœur et mon père, mais nous sommes rentrés tôt.
Mes affaires sont prêtes. Je suis passé en fin d’après-midi à mes fournisseurs habituels pour affuter mes lames, rapiécer mes habits et renouveler mes stocks de flèches, d’herbes médicinales et d’épice et Arachis m’a accompagné tout du long. Il est rare d’ailleurs que celle-ci ne m’accompagne pour faire les courses, ce qui me parut bizarre au premier abord. Généralement, elle profite toujours de ces moments pour s’esquiver dans la forêt ou pour aller aux dernières nouvelles en discutant çà et là avec les aînés de la cité. Mais cette fois-ci, rien. Elle a juste marché silencieusement dernière moi. Quand j’abordais une discussion, elle m’envoyait gentiment paître avec une de ses expressions exotiques si charmantes…
- Bonne nuit, ma sœur.
- Bonne nuit, Lylhou, répond l’araignée, pendu au plafond de ma chambre.
Malgré ma fatigue, j’ai du mal à m’endormir. Beaucoup de questions me taraudent l’esprit, et le fait de ne pouvoir y mettre une réponse dessus me trouble assez pour m’empêcher de fermer l’œil.
Pour commencer, il y a cet Éridan. Il est beau le bougre… Et la manière dont il me regarde ne me laisse pas indifférente, à mon grand regret. Pfff, je déteste les hommes. Et encore plus ceux de sa trempe. Charmant, sourire séduisant, corps musclé et sculpté… Et, comme il s’agit d’un phénix, sans doute plein de pensées vulgaires quand il s’agit de femme… Bon, d’accord, il était beau et tout et tout, mais je n’arrive toujours pas à m’expliquer sa prestance aux thermes, hier soir. Il est attirant, oui, mais pas au point de me transformer en légume incapable de bouger, quand même. Si ? Rah, et dire que je vais devoir le supporter encore pendant un mois… Ma sœur n’a pas fini de me charrier, je crois… Point positif, par contre, niveau capacité de combat, il semble vraiment à la hauteur. Son regard est froid, et même s’il n’est qu’aspirant chez nous, il a déjà dû connaitre le sang, c’est sûr.
Dans la pénombre de la nuit, je porte mon regard sur ma sœur, suspendu au-dessus de ma tête. Sa respiration régulière m’indique qu’elle dort déjà. Il est rare qu’elle ne s’endorme avant moi…
Je souris sans m’en rendre compte.
Mais mes pensées me tourmentent de plus belle. En effet, aujourd’hui, le comportement d’Arachis m’a troublé. Ma sœur est de nature insouciante et téméraire. La sentir si inquiète à la veille d’une mission est plus que perturbant, comme si elle se préparait au pire. Je peux facilement dire que ma sœur n’a peur de rien et que c’est une des créatures de Ny’ar les plus mortellement dangereuses qu’il m'ait été donné de voir. Les korks ne sont pour elle, même pour les plus gros et les plus coriaces, qu’un simple amuse-gueule… et elle m’a sans doute sauvé la vie plus de fois que je ne pourrais jamais le compter. Malgré les années passées à ses côtés, Arachis est toujours restée très secrète, cachant ses sentiments ou ses émotions derrière son sourire vorace ou ses expressions exotiques et vulgaires… D’ailleurs, s’il y avait bien une chose dont je pensais être sure à son sujet, c’était qu’elle détestait Splin’ter… Alors, imaginez ma tête lorsque j’ai vu le félin trônait fièrement sur son dos cet après-midi… Cette amitié aussi soudaine qu’improbable me laisse donc bien plus que perplexe. Qu’est-ce que le félin avait pu lui dire pour effacer tout le mépris qu’elle lui portait ?
Je me tourne dans mon lit. Je ferme les yeux, mais le sommeil ne me gagne toujours pas.
J’en arrive à cette alliance… Pourquoi avec les Poussières d’Étoiles ? Nos guildes étaient rivales depuis des années, et les Princes le savaient. Qu’est-ce qu’ils manigançaient, ces riches aristocrates qui ne pensaient qu’à leurs intérêts ? Et mon père ? Où avait-il la tête ? Pfff, lui qui m’a toujours mis en garde contre ces derniers, le voilà qui se pavanait avec cette Anaria. À croire qu’ils étaient subitement devenus les meilleurs amis du monde… Ou pire ! Non… Non, non, non, je chasse cette idée saugrenue de ma tête. Mon père et Anaria ? Ensemble ? Non, non, non, impossible ! Impensable ! Il ne peut pas. Il n’a pas le droit !
Je secoue la tête, ouvre les yeux. Arachis est toujours en train de dormir paisiblement.
Je change de côté.
Allez, tant que nous y sommes, continuons dans les méandres de mon esprit torturé. À l’intérieur, la prêtresse y rayonne comme une étoile solitaire dans un sombre firmament. J’aime beaucoup les mages de l’Eau, ce sont des personnes généreuses et bienveillantes. Sans compter que recevoir l’appui d’un guérisseur est toujours un plus non négligeable en aventure. Alors, recevoir l’appui d’une femme aussi belle était… inespéré ? Irréelle ? Mais qu’est-ce que je dis, moi… Okamy est une très belle femme, aucun doute là-dessus, mais est-elle aussi une bonne aventurière ? Ne sera-t-elle pas un poids pour mes compagnons ? Bien que sa prestance me donne l’impression d’être une gamine à ses côtés, je doute que cette prestance lui soit d’une quelconque utilité dans La Sapine… Mais quand même. Elle transpire la sagesse et la sérénité, comme si elle avait connu d’innombrables âges. D’ailleurs, son visage fin ne me permet même pas de dire si elle est plus jeune ou plus vieille que moi. Elle semble simplement… hors du temps, et terriblement belle. D’habitude, je ne regarde pas le physique des gens, et encore moins celui des femmes à vrai dire. Je suis plutôt une solitaire qui n’aime pas trop la compagnie (enfin, si, j’aime la compagnie de ma sœur bien sûr), aussi quand je me suis surpris à ressentir une sorte de désir pour elle, j’en fus totalement abasourdi. Étonnement, soi dite en passant, qu’Arachis perçut immédiatement, et qu’elle se fit une joie de me faire remarquer, dans sa voracité légendaire.
Mais qu’est-ce qu’il m’arrivait, par Tain. Je me retrouve en moins d’une journée à partir en mission pour plus d’un mois en compagnie d’un homme qui me transforme en légume et d’une femme tellement belle que j’en ressens du désir pour elle… Comment je vais m’en sortir, moi qui suis d’un naturel timide ? J’ai un très mauvais pressentiment sur les jours à venir.
Je me retourne une nouvelle fois dans mon lit. Mon cœur battant la chamade dans ma poitrine, il faut que je pense à autre chose, et vite.
Revenons à cette mission en elle-même. Pourquoi les Princes Marchands faisaient-ils de ce grand kork une affaire aussi grave ? Abattre un kork, quelle que soit la longueur de sa queue, ne relève généralement pas de l’urgence absolue. Ce n’est pourtant pas la première fois qu’un kork tente de lever une armée, et cela ne sera sans doute pas la dernière non plus. Mais, habituellement, on se contentait d’observer et les korks faisaient le reste, incapables de rester disciplinés trop longtemps… Ils finissent toujours par s’entre-tuer un jour ou l’autre. Là, ils ont préparé une mission d’urgence, qui semble plutôt difficile, en me donnant l’appui d’une mage d’une guilde rivale, terriblement craquante (je secoue la tête, ne repartons pas sur ce sujet !) et d’un bleu, même s’il n’est pas si mauvais que ça. Pourquoi accordaient-ils autant d’importance à ce kork ? Qui avait soufflé à l’oreille de mon père de choisir Éridan, alors que des paladins comme Kerth, Folk’en ou Fael étaient disponibles… Les paladins sont aussi doués en combat qu’un guerrier novice…
Non, décidément, il y a de nombreuses questions sans réponse et c’est une situation que je n’aime pas.
Finalement, épuisée, vers le milieu de la nuit, je finis par trouver le sommeil et fais un rêve étrange.
Je me vois dans une montagne, un vent glacial me balayant le visage. Là, une araignée titanesque, beaucoup plus grande qu’Arachis, combat une créature ailée d’un autre âge. Elle semble parler, mais sa voix, bien que puissante et profonde, est lointaine, effacée par le vent. Je ne comprends pas ce qu’elle dit. Je suis par terre, comme assommée ou inconsciente, et je parais très loin de la bataille.
Au petit matin, lorsque je rouvre les yeux, je vois les huit yeux verts d’Arachis qui me dévisagent.
- Allez, en route, belette, un long chemin nous attend. Et n’oublie pas d’aller faire une offrande au Gardien des Chemins.
Encyclopédie des Savoirs Anciens : La Guerre des Esprits
11/12/2015 15:00 par Lylhou
Bien avant l’arrivée des humains sur Ny’ar, alors que le monde n’était peuplé que d’aînés, et de leurs ancêtres primitifs, Silik la Rouge entreprit de se venger de sa sœur Séléni en soumettant son fils, Ny’ar, à sa domination.
Elle commença tout d’abord à corrompre le plus cruel des Esprits Primordiaux : Dyno’Nyku, le Seigneur de la Tyrannie, en lui murmurant nombres de sombres mensonges et nombres de messages de haine. La soif de destruction de ce dernier fut extrêmement facile à canaliser pour la Lune Rouge et, sous son giron, elle parvient à rassembler à ses côtés Khépri, le Seigneur des Maladies, et Dra’Kin, le Vampire Volant. Ces trois Esprits corrompus furent désormais appelés les Esprits des Ténèbres.
S’en suivit alors une longue et terrible guerre entre les forces de Silik et de Séléni. Les armées de La Rouge étaient composées des légions de non-vivants de Khépri, qu’il relevait parmi les âmes rejetées par Neith, et par les cohortes de démons, appelés du tréfonds du Cosmos par Dyno’Nyku lui-même. Les armées de Séléni étaient seulement composées des aînés libres de Ny’ar, commandées par quatre des cinq Esprits Primordiaux non corrompus : Calcination, Quetzal, Kaa et Neith. C’est à cette époque que les premiers ténébreux apparurent, l’esprit dévoré par Dra’Kin. Sombrant dans une folie destructrice, ils rejoignaient les rangs de Silik au fur et à mesure que le conflit s’éternisait.
Les armées de Séléni furent bientôt incapables de retenir celle de sa sœur maléfique. L’Empire des Myrmes fut anéanti, les aînés libres quasiment exterminés et les Esprits Primordiaux tellement affaiblis qu’ils faillirent mourir.
C’est alors que Tain, le Père de Toutes Choses, arriva. Il broya d’un revers de la main les armées de Silik. Il attrapa deux des trois Esprits des Ténèbres avec ses puissantes mains et il les plongea au plus profond des entrailles de Ny’ar. Dra’Kin parvient à s’échapper en volant vers l’Ouest, et il se volatilisa hors du temps. Alors que Khépri et Dyno’Nyku furent enfermés dans les ténèbres, la voix de Tain tonna, retentissante et puissante : « Vous voici enfermez dans l’Outre-Monde, le Royaume des Ténèbres, que votre châtiment terrible vous consume pour l’éternité. » Puis, il se retourna vers Silik et dit : « Quant à toi, Silik la Rouge, tu es condamné à vivre pour toujours dans l’ombre de ta sœur. »
Depuis ce jour, les Esprits des Ténèbres se terrent et attendent patiemment que la vigilance de Tain diminue pour passer à l’action. On raconte que le jour où Silik parviendra à se lever trois fois sur le monde sans sa sœur, elle déclenchera le Réveil des Ténèbres : le Ragnarok.
Par sieur Daraiden, Maître du Savoir de Mass’Hillia
