Chapitre XVI - Briefing

11/12/2015 14:59 par Lylhou

Vindikaëll, mon père, est accompagné par une mage : Anaria, Maitresse de la Guilde des Poussières d’Étoiles. Il nous regarde entrer, les mains dans le dos, et nous jauge chacun notre tour en nous saluant d’un discret signe de la tête ou d’un sourire.

Nous nous mettons en rangs devant lui, comme une armée au garde-à-vous devant son général. Okamy salut respectueusement sa Maîtresse de Guilde.

- Prêtresse. J’espère que votre journée s’est déroulée dans de bonnes conditions, entame cette dernière.

- Oui, Maitresse. Lylhou est une femme forte et gentille, et le guerrier sera un bon protecteur.

Je confirme ses dires et conclut à mon père qu’Éridan fera l’affaire.

- Très bien, reprend-il. Anaria nous fait l’honneur de sa présence pour terminer les préparatifs de votre mission.

Il se tourne vers elle, lui adresse un hochement de tête courtois avant de continuer :

- Je suis ravi que les histoires qui furent entre nos deux guildes ne soient plus que de sombres souvenirs.

- J’en suis également la première ravie, Vindikaëll, lui répond-elle d’une voix généreuse.

- Bien, maintenant, il est temps de vous donner les objectifs de votre mission. Nous avons rassemblé tous les rapports de ses derniers mois à notre disposition, pour avoir une situation précise sur ce qui vous attend.

Je lève un peu la tête, attendant que mon père en vienne au fait.

- Nous avons bien la confirmation que la majeure partie de l’armée précédemment rassemblée au Fort Noir se dirige au sud, vers les Haute-Brumes. La raison de ce voyage est encore inconnue, mais nous les soupçonnons de vouloir s’en prendre à nos terres en passant par les montagnes, où de descendre vers Mass’Suna. Au vu de la taille de leur armée, ils avanceront lentement. Nous estimons qu’ils leurs faudra plus d’un mois pour arriver à la frontière sud de La Sapine.

Je fronce les sourcils.

- Cependant, le grand kork est pour l’instant toujours sur place. Il semblerait qu’il s’occupe d’amasser encore plus de korks sous ses ordres. Il serait accompagné par de sombres individus en capuche noire. Sans doute des illuminés de Dyno’Nyku.

- De simples illuminés n’intéressent pas les korks… coupè-je. Ils doivent leur servir à autre chose, c’est certain.

Arachis hoche la tête d’approbation.

- Oui, nous connaissons bien les korks, commence-t-elle de sa sombre voix. Et juste le faite que celui-là ait rassemblé une armée aussi grande prouve qu’il est très loin d’être un simple kork plus bada’ss que les autres. N’oublions pas les ténébreux des montagnes qui ont rejoint leur rang. La Sapine et le Bois d’Ébène sont réputés pour en être blindés, mais il y en a quand même une très forte recrudescence, comparée à ces dernières années.

Je hoche la tête à mon tour, pour confirmer ses dires.

- Oui, continue Vindikaëll. Et j’allais y venir. Votre mission sera découpée en deux points. Le premier consistera à éliminer le grand kork, en espérant que cela déstabilise suffisamment leur armée pour qu’ils s’entretuent avant de devenir gênants. Le second point sera de découvrir si les hommes en capuche ont un lien direct ou indirect avec l’armée kork et avec la recrudescence de ténébreux dans la région.

Je pose mon regard sur Éridan. Les bras croisés, il semble serein et écoute mon père avec grande attention. Ces cheveux d’un blond de paille, attachés en queue de cheval, brillent de mille feux. Son regard se détourne sur moi. Il me sourit. Étonnement, je lui rends son sourire avec assurance avant de me reconcentrer sur mon père qui ajoute :

- Malgré le fait que leur armée soit partie, il restera sur place nombre de korks, et votre meilleure arme sera votre discrétion.

- Ça tombe bien, c’est notre spé, ricane Arachis, avec un sourire vorace.

Okamy approuve d’un signe.

- J’ai entièrement confiance en vous, et en vous, membres d’Aurore Éternelle, conclut alors Anaria en inclinant la tête respectueusement vers nous. Sachez que de mon côté, je vais envoyer une équipe au sud, pour surveiller les Haute-Brumes. Le reste des membres de nos deux guildes respectives se prépareront ensuite à une guerre ouverte si jamais vous ne parvenez pas à vos fins.

- Exactement, enchaine mon père. Ne jouez pas vos vies, soyez prudent. Si le grand kork est introuvable, ne vous jetez pas dans la gueule du loup. Vous êtes plus précieux que cela.

Alors qu’un léger silence s’installe, j’en profite pour prendre la parole. Je me flanque à côté de mon père et fais face à mes futurs compagnons de voyage.

- Bien, avec ma sœur, nous avons déjà déterminé l’itinéraire que nous allons emprunter. Nous passerons par Lass’Arbora pour commencer. La route est sûre et nous pourrions y être en seulement dix jours. Ensuite, nous entrerons dans La Sapine et remonterons vers la Vallée du Guiers jusqu’au premier village de pêcheur qui voudra bien nous faire traverser. En cas, si cela n’est pas possible au vu des réticences habituelles des goliaths de la vallée, nous passerons par le Marécage de Rhyn, que nous traverserons de nuit, de manière à éviter les éclaireurs korks, qui seront probablement en patrouille dans la vallée. Cette partie du voyage sera plus lente, la progression dans la forêt étant difficile et dangereuse, et cela nous prendra entre huit et dix jours.

Je fais une légère pause avant de reprendre :

- Une fois de l’autre côté du Guiers, nous passerons par les Collines Brunes, en contrebas des Montagnes aux Dragons que nous contournerons par le nord. Ce sera l’une des étapes les plus pénibles, car ces collines sont infestées de vermines en tout genre et les chemins sont peu nombreux et rocailleux. Ce sera aussi l’étape la plus longue, au moins dix-cinq ou dix-sept jours de marche.

Je m’arrête un instant et regarde le guerrier, qui semble ailleurs, n’écoutant sans doute même pas ce que je dis. Son regard insistant dévisage ma sœur, qui l’ignore.

- Puis, nous nous infiltrerons dans le Bois d’Ébène jusqu’au Fort, conclus-je. Nous improviserons sur place quant au chemin à emprunter. J’en connais plusieurs, mais le choix dépendra essentiellement des positions des korks et de leurs nombres. Des questions ?

Éridan sort de ses pensées.

- Non, tout est clair.

Permets-moi d’en douter…

- Tout est clair pour moi aussi. Je me chargerai de missionner des oiseaux sur le chemin pour vous faire parvenir des nouvelles, ajoute Okamy en s’adressant aux deux Maîtres de Guilde.

- Si je peux me permettre, intervient Anaria en me regardant. Les Collines Brunes sont-elles le meilleur chemin ? Elles sont redoutées par nombre de rôdeurs, et à juste cause, non ?

- J’ai des connaissances inégalées dans cette région, ne vous en faites pas pour nous, Dame Anaria, répliquè-je courtoisement, bouillonnant tout de même en moi qu’elle mette en doute mes compétences. Mais sachez que nous passerons par ces collines, car les korks, eux, ne s’y risqueront sans doute pas. La désolation de ces landes desséchées fait que manœuvrer et nourrir une armée en ses lieux est quasiment impossible, et je ne pense pas que les korks, aussi bêtes soient-ils, n’osent une telle mésaventure.

Elle hoche la tête, semblant presque désolée d’avoir posé la question.

- Bien, reprend mon père. Je crois que tout est dit. Passez en cuisine, nos marmitons vous ont préparé du sni’k et des provisions pour le voyage.

Mes compagnons et moi-même saluons les deux dirigeants de nos guildes respectives et tournons les talons pour sortir du bureau.

Ainsi, ce termine le briefing de cette mission toute particulière qui allait changer le reste de ma vie.

Encyclopédie des Savoirs Anciens : Les chiffres

11/12/2015 14:58 par Lylhou

Les chiffres sont les caractères employés pour désigner les nombres. Sur Ny’ar, nous faisons usage principalement des chiffres arithmétiques (0 à 9) et des chiffres droits (I, II, V, X). On désigne sous le nom de chiffres droits les caractères d'un système de numération écrite, employé par les myrmes bien avant que les phénix n’introduisent les chiffres arithmétiques.

Origines des chiffres

Les myrmes furent les premières créatures, des millénaires avant l’apparition des humains, à ériger une civilisation et une société. Ils établirent les bases de la science : mathématiques, architecture, agriculture ou encore écriture. Ils laissèrent de nombreux textes gravés dans la pierre : textes qui ornent encore nombre de ruines de leurs empires aujourd’hui disparus.

Les myrmes écrivaient en runes, une combinaison ingénieuse de symboles simple qui décrivait mots, actions ou syllabes. Dans ces runes ce trouvaient les chiffres droits.

Les myrmes utilisaient ces chiffres pour quantifier, compter ou énumérer la valeur de leurs récoltes, la taille de leurs armées ou la superficie de leurs territoires.

Malgré les imperfections des chiffres droits, pas assez complets pour quantifier des choses complexes, nous continuons à nous en servir en typographie, pour faciliter les distinctions de numérotage, ou en horlogerie par exemple.

Les chiffres droits sont au nombre de sept :

I : un                           V : cinq                      X : dix

Q : cinquante              C : cent                      D : cinq-cents

M : mille

Écrire les chiffres arithmétiques

Les phénix créèrent assez rapidement les chiffres arithmétiques, qui s’associaient mieux à leur écriture et à leur langue, et qui étaient plus complexes que les chiffres droits. Ils purent ainsi très rapidement compter et noter toute sorte de choses, notamment leurs revenus commerciaux ou les valeurs de ces accords.

Orthographe des unités :

0 : zéro                       1 : un                          2 : deux

3 : trois                       4 : quatre                    5 : cinq

6 : six                          7 : sept                                   8 : huit

9 : neuf

Orthographe des dizaines :

10 : dix                       20 : vingt                    30 : trente      

40 : quarante              50 : cinquante             60 : soixante              

70 : septante               80 : huitante               90 : nonante

Le chiffre des unités et alors écrit derrière celui des dizaines, séparé par un trait d’union : dix-trois, vingt-quatre, soixante-six ou septante-neuf…

Orthographe des centaines

100 : cent                   200 : deux-cents         300 : trois-cents          etc.

Le chiffre des centaines est écrit avant celui des dizaines et des unités : cent trente-trois, trois-cent quarante-deux, six-cents dix-cinq...

Orthographe des milliers

1 000 : mille               10 000 : dix-mille       70 000 : septante-mille           etc.

Le chiffre des milliers est écrit avant celui des centaines, des dizaines et des unités : deux-mille quatre cent soixante-trois, cent trente-six mille huitante-deux...

Par sieur Daraiden, Maître du Savoir de Mass’Hillia

Chapitre XV - L'arène

11/12/2015 14:57 par Lylhou

Je suis en train de me battre avec Éridan.

Après être sorti du bureau de mon père, ce matin, j’ai voulu en savoir un peu plus sur ce guerrier et je lui ai donc proposé, enfin, non, imposé, de venir dans l’arène et de s’entrainer avec moi. Il accepta sans opposition et me suivit bien gentiment sans décrocher un mot.

Okamy nous a également accompagnées, mais cette dernière s’est juste contentée d’aller méditer dans les gradins.

Je pare le puissant coup d’épée du guerrier, dont le regard est froid et concentré. Alors que nous tournoyons et virevoltons au rythme des passes d’armes, je me sens bien. Sur mes lèvres, un rictus se dessine et mes sourcils froncés accentuent mon regard de prédateur. Regard qui m’habite à chaque fois que je combats, moment où timidité et gène laissent place à discipline et détermination. En combat, les hommes n’étaient plus que des adversaires, de simples rivaux ou ennemis que je me dois de terrasser pour m’imposer. Dans ses instants d’adrénaline, je n’ai plus à me soucier de ce qu’ils pensent de moi, ou de ce qu’ils veulent de moi. Seul comptent alors les armes, la bataille et la victoire.

J’attaque à nouveau. Le guerrier bloque avec son bouclier et contre-attaque.

Sourire aux lèvres, j’esquive, tourne et refrappe. Je m’arrête à quelques centimètres de sa gorge. Il me sourit pour me féliciter et nous nous remettons en position.

Il attaque.

Son regard est dur. Totalement opposé à celui des thermes, où je me m’étais totalement noyé dans ses prunelles. Dans un sens, cela me rassure, car comme le jeune guerrier me trouble, je préfère largement son regard de soldat à son regard doux et craquant qui me met mal à l’aise.

Nouveau coup d’épée, nouvel assaut qui s’amorce. Deuxième coup évité. Il a frôlé mon torse. Mes yeux s’illuminent. Contre-attaque fulgurante. Mais fulgurante remise à plat des choses.

Éridan me feinte et me jette à terre. Il me alors domine, son épée sur ma gorge.

Comme mon père me l’a signalé, le guerrier sait effectivement manier ses armes. En tant que phénix, il maitrise également deux ou trois techniques de Feu qui se marient assez bien avec ses capacités de combat. Il n’égale cependant pas, et loin de là, nos plus grands guerriers, mais il maitrise plus que les bases et semble très prometteur. Voilà qui me rassure un peu.

L’après-midi touche à sa fin et la Mère Soleil commence à retomber lentement.

- Ça ira pour aujourd’hui, commencè-je en me relevant et en remettant mon arme au fourreau. Tu t’en sors pas trop mal.

Éridan baisse la tête en fermant les yeux.

- Je vous retourne le compliment, Lylhou.

Par Tain… Combat terminé, assurance envolée… Je sens mes joues rougir et tourne les talons. Je prends alors la direction d’Okamy.

- Vous n’avez pas à fuir comme cela, Lylhou, fille de Vindikaëll, m’accoste-t-il en me rattrapant.

- Je ne fuis devant personne, crachè-je, sans grande conviction.

- J’espère bien. Vos exploits sont célèbres dans toute la guilde ! Dans toute la cité même ! Arachis et vous êtes des légendes, ici. Alors ne me dites pas qu’un simple guerrier comme moi vous impressionne.

Sa voie s’élève, admirative, et un large sourire lui déride le visage. Une vague de confiance m’envahit, aussitôt éclipsée par mes yeux fuyants. Son visage rayonnant reprend son air princier et abandonne celui du soldat aguerrit. Par Tain ! Mais pourquoi je suis comme cela ? Je m’en veux terriblement d’être aussi gêné et troublé par ce petit guerrier qui ne m’arrivait même pas à la cheville sans doute… Je boue :

- Je ne suis la légende de personne. Mon père, à qui je dois la vie, est la véritable légende de Mass’Kiria…

- Vous êtes pourtant la Rôdeuse de l’Ouest, celle qui a défait Ygg’rases le Borgne, celle qui a vaincu Mor’Dohr le Ténébreux ! Vous avez traversé les Marais des Ombres, exploré les Royaumes Souterrains…

- Ola, ola, la plupart des haut-faits que vous relatez ne sont que de simples ragots.

Je m’arrête et plonge mon regard dans le sien. Étonnement, je suis empli d’assez de confiance en moi pour tenir tête à ses yeux ocre.

- Je vous impressionne tant que cela ? ais-je le courage de dire, sentant que mon moment de confiance n’allait pas durer éternellement.

Il hésite un instant.

- Je vous avoue que oui. Vous n’êtes pas une femme comme les autres…

- Vous n’avez pourtant pas semblait très « impressionné » hier aux thermes… C’était bien vous, n’est-ce pas ?

Il ravale son sourire et semble désemparé.

- Oui, oui. Et j’en suis profondément navré, je n’aurai pas dû vous accoster comme cela. Loin de moi l’idée de vouloir vous mettre mal à l’aise.

Mal à l’aise ? Le mot était faible ! Il m’avait presque réduit à l’état de légume…

- Me pardonnerez-vous un jour ? me demande-t-il alors d’une voix tellement douce qu’il serait franchement difficile de refuser.

Mais les mots claquent comme un coup de tonnerre, et j’en suis la première surprise.

- On verra…

Je tourne ensuite les talons et reprends ma route vers les gradins.

Aussi surement que j’aurais pu l’être face à un kork à ma merci, je venais de réussi l’exploit de m’imposer à un homme alors que mon cœur, dans ma poitrine, s’apprêter quant à lui à rompre. Je remercie la Louve dans mon for intérieur de m’avoir donné la force de ne pas craquer. Mais je sens qu’il était temps que je tourne les talons, car je n’aurai pas tenu plus longtemps.

Descendant des gradins à notre rencontre, Okamy nous accueille d’un sourire enjôleur.

- Votre entrainement a-t-il porté ses fruits ?

Je hoche la tête d’approbation.

- Oui. Éridan sait se servir de son épée. Il nous protégera.

Elle incline la tête à son tour.

- Très bien. J’ai moi-même beaucoup travaillé, et je suis prête à vous accompagner dans ce long périple qui nous attend.

- En parlant de cela, vous qui connaissez bien la région, nous en avons pour combien de temps pour atteindre le fort ? demande le guerrier.

- Le Fort Noir est à environ mille kilomètres à l’ouest de Mass’Kiria, au-delà de la Montagne aux Dragons. Il nous faudra entre trente et quarante jours de marche pour l’atteindre, si nous ne sommes pas trop ralentis par les korks et les ténébreux qui hantent la région.

Éridan fronce ses sourcils clairs et me décoche un regard pénétrant. Aussitôt, je me sens mal et n’aime pas ses yeux insistant. Arachis vient me sauver alors de ce mauvais pas en arrivant à nos côtés.

- Tkt, jeune whar[1]. Ma sœur et moi connaissons cette région comme si nous y étions nés. Tu seras entre de bonnes pattes.

Sur son dos, trône fièrement le chat rouquin. J’arque un sourcil interrogateur.

- Tu t’es fait un nouvel ami ?

- Yep, le chat n’est finalement pas si relou que ça. Il est même plutôt sympa.  

- Vous me faites trop d’honneur, Maîtresse Tarenkas, miaule alors ce dernier en effectuant une révérence exagérée.

Alors là… Je suis totalement abasourdi de voir qu’Arachis se prend d’amitié avec Splin’ter… Elle qui me disait toujours qu’elle ne pouvait pas le blairer… S’il y avait bien une chose que je n’aurai jamais imaginé, c’est bien cela ! Le chat et l’araignée, amis ? Non, il doit y avoir quelques choses d’autres…

La voix d’Okamy coupe court à ma pseudoréflexion :

- Bon, nous devrions rentrer et terminer de rassembler nos affaires. Je dois encore passer à ma guilde avant de vous rejoindre ce soir. À toute à l’heure, indique t-elle alors en nous saluant d’un signe de main et en tournant les talons.

- Oui, je dois moi aussi allez récupérer deux trois bricoles à droite à gauche, continuè-je. Pensez à prendre des affaires chaudes. Au-delà des montagnes, le temps se refroidit drastiquement.

Mon regard se pose alors sur la femme qui s’en va. Sa prestance est en fait bien au-delà de tous les séraphins que j’ai déjà croisés. Tout dans son être parait parfait, gracieux ou divin : de sa démarche à sa posture, des expressions douces de son visage au timbre de sa voix. Son corps est lui aussi parfait : taille fine, poitrine galbée, svelte et musclée, mais gracieuse et légère. Absolument tout dans cette femme est surnaturel.

- Lylhou ?

La voix de ma sœur résonne comme un glas dans mes oreilles, me sortant de mes rêves. Les joues empourprées, je viens de me surprendre pour la première fois de ma vie à poser les yeux sur une femme. Et plus étonnant encore, je viens même d’en éprouver un certain désir.

- Qu’est-ce qu’il t’arrive là ? marmonne Arachis en se relevant et en plantant ses huit yeux vert brillant dans les miens.

- Rien, rien, allons-y ! Dépêche-toi !

Elle me regarde alors m’éloigner d’un pas rapide, les yeux mi-clos.

- Tu ressembles à une gamine de dix-six ans, ma sœur… dit-elle d’un souffle, hors d’atteinte pour mes oreilles.



[1] Whar : Dénomination de la caste des soldats myrmes, qu’on traduit par « Guerrier » de nos jours.

 

Encyclopédie des Savoirs Anciens : Les aînés, les créatures intelligentes

11/12/2015 14:57 par Lylhou

Les aînés sont des créatures intelligences, engendré par les Esprits Primordiaux. Bien qu’ils partagent des caractéristiques physiques avec leurs ancêtres primitifs que sont les animaux, les insectes ou les poissons, leurs ressemblances s’arrêtent là. Les aînés sont intelligents, doués de paroles et possèdent même des capacités élémentaires.

Lorsque Ny’ar était encore jeune, au début de la Première Ère, il créa les huit Esprits Primordiaux qui allez façonner son corps. Chacun de ses esprits créa alors à son tour des créatures à son image : insecte, mollusques, mammifères, poissons, oiseaux, reptiles, etc. Toute la faune sauvage de Ny’ar est leurs œuvres.

Des millénaires plus tard, Neith décida de créer les myrmes (évolution des fourmis), les premières créatures dotées d’une intelligence, d’une âme et de pensées propres. Très rapidement, les myrmes s’étendirent et bâtirent plusieurs empires aux quatre coins du monde. Satisfaite de cette création, Neith engendra de nouveaux arachnides : les aranéides, les scorpides, les carabes et les mantes ; créatures dérivées respectivement des araignées, des scorpions, des coccinelles et autres scarabées et des mantes religieuses.

Pendant plusieurs millénaires encore, les arachnides de Neith prospèrent sur Ny’ar. Inspiré par ces créatures, Dyno’Nyku, dont l’esprit n’était pas encore rongé par le désir de vengeance de Silik, entreprit à son tour de créer des aînés à son image : les sauriens. Les premiers d’entre eux furent les raptors, des prédateurs impitoyables qui vivaient en meute dans les plaines et les déserts. Puis vinrent les tyrans, les sauros et les céras.

Dans le même temps, Calcination donna naissance aux férals : les canins, les félins et les ursins. Alors que dans les océans, Kaa et Kaa’Mo engendrèrent les marids, les créatures marines que sont les cétacés, les squales et les incirs (évolutions des pieuvres et des calmars) ; et dans les cieux, les aves (regroupant les chirops, les dragons, les aigles et les ptérans) furent enfantés par Quetzal et Dra’Kin.

Malgré toutes ses espèces différentes, l’harmonie demeurait entre les aînés, même si certaines races étaient bien entendu plus dominantes que d’autres. Ainsi, les myrmes, par exemple, n’ont jamais cessé de croitre et étaient devenus la première civilisation évoluée de Ny’ar. Leurs cités, au début simples colonies souterraines creusées à même le sol, ont commencé à s’élever. Leurs constructions se firent de plus en plus complexes et grandes, égalant sans difficulté les grandes métropoles phénix actuelles. Aujourd’hui encore, certaines ruines des empires myrmes demeurent encore, tels les vestiges anciens de l’Ère Sauvage.

Même si la majorité des aînés sont carnivores, une loi les lie et leurs interdits de se dévorer entre eux. Naturellement, les ténébreux se fichent naturellement de cette règle.

Par sieur Daraiden, Maître du Savoir de Mass’Hillia

Chapitre XIV - Le chat et l'araignée

11/12/2015 14:56 par Lylhou

Assise sur mes huit pattes velues, je regarde, les yeux mi-clos, l’arène d’entrainement où Lylhou effectue quelques passes d’armes avec le nouveau guerrier. Elle est agile, comme à son habitude, mais je dois avouer que le guerrier se défend plutôt bien. Techniquement, en combat réel, il n’aurait aucune chance contre elle, mais là, je la soupçonne de ne pas ce donner à fond. Bon, après, un entrainement reste un entrainement. Un peu de pratique est toujours bon à prendre, surtout pour des humains. Ils n’ont pas la chance d’être des machines à tuer comme moi.

- Tu ne t’entraines pas ?

J’ouvre mes huit grands yeux et observe le chat qui vient de s’assoir à côté de moi. Voilà, ça faisait à peine quelques heures que nous formions une équipe, et ce chat de malheur venait déjà me pomper l’air. Splin’ter m’a toujours gonflé, et je ne comprends pas pourquoi ma sœur l’aime bien. Quoique ? Une boule de poil ronronnante doit forcément plaire à une petite fille… Bon, c’est vrai aussi que niveau bouille, un chat est quand même plus élégant qu’une araignée… Mais comme l’élégance est loin d’être une de mes priorités et que je préfère simplement être ce que je suis, cela me va. Je lui laisse donc le coté boule de poil sympa et je garde mon côté machine à tuer carnassière. Par contre, tout cela est bien joli, mais cela n’enlève rien au fait qu’il va falloir que je me coltine ce fichu chat pendant deux mois, et ça, ça commence déjà à me courir sur le haricot…  

Je soupire bruyamment. Inutile de lire ses babines en coin pour comprendre qu’il avait reçu mon message si subtilement envoyé.

- Nop, no n’id[1], finis-je par répondre. De toute façon, si j’le voulais, il me suffirait d’une seconde pour les envoyer, tous autant qu’ils sont, devant la Tisseuse.

Le chat me sourit. Je sens dans ce dernier une pointe de provocation qui m’énerve au plus haut point.

- Oui… commence-t-il. Et je devine que ce qui pourrait paraitre pour de la prétention de ta part n’en est pas… Tu sembles toujours cacher ton jeu, Arachis…

Je lui décroche un sourire carnassier.

- Mes secrets ne te concernent pas, chat de malheur. Soit sûr cependant que tant que tu garderas tes distances avec moi, il ne t’arrivera rien. Malgré tes dix-treize vies au compteur, tu ne m’impressionnes pas…

Le chat plisse les yeux. J’ai fait mouche.

- Peu de gens sont au courant de la signification de mon nom… Et il ne me semble pas t’en avoir déjà parlé. Ni à toi, ni à ta sœur.

- Allons, allons, Matou, fanfaronnè-je en reposant mon regard sur l’arène. N’imagine pas que tu es le seul à deviner des choses. On t’appelle Rouge Dix-trois, car tu maitrises la magie élémentaire du Feu et que tu es actuellement en train de jouir de ta dix-troisième vie. Longévité très respectable, soit dit en passant.

Le chat se déride.

- Oui, je suis plutôt chanceux de ce côté-là. Mais si on parlait plutôt de toi, Tarenkas ? Araignée géante des Jungles d’Azamie trouvées en compagnie d’une enfant ondine à plus de deux mille kilomètres de chez elle.

- J’ai rien n’a ajouter, répliquè-je en haussant les épaules.

- Même s’il semblerait que tu aies toi-même fait appel à Aurore Éternelle pour conduire Vindikaëll dans les Collines Bleues ?

- Bah, fallait trouver un père à la petite.

- Ne prend pas cet air avec moi, Arachis. Je sais que…

Je bondis tout à coup et atterris au-dessus du félin, le dominant de toute ma carrure qui semble avoir grandi. Mais malgré ses oreilles baissées vers l’arrière, le chat ne semble nullement apeuré. Il plonge même son regard sans mes huit yeux verts. Alors qu’il me toise si fièrement, je lui somme :

- Arrête-toi là, Rouge Dix-trois, où tu seras au menu de mon prochain déjeuner, et ce, tant qu’il te restera des foutues vies. Et si cette discussion s’avérait fuiter jusqu’aux oreilles de ma sœur, c’est tous tes foutus descendants que je dévorerai avec toi.

Le chat incline la tête en fermant les yeux. Signe de respect ? Ou de soumission ? J’en doute…

- Ton secret est trop bien gardé pour que j’en découvre toute la vérité, rassure-toi. Mais, je te préviens juste que plus les secrets attendent avant d’être révélés, plus leurs révélations seront dures à encaisser…

Je hoche la tête et un voile noir obscurcit ma vue.

- Je sais… soufflè-je d’une voix mourante et les dents serrées à rompre.

- Ne me prend pas non plus pour un idiot, Arachis. Je ne sais peut-être pas, encore, qui se cache derrière ce sourire, mais je sais par contre pourquoi tu es là. Sache cependant que contrairement à ce que tu penses, je ne suis pas ton ennemi. Tu l’as bien vu hier. Si je me suis proposé pour venir avec vous, c’est pour la même chose que toi. Je suis vieux maintenant, mais je sais encore sentir les grands chamboulements quand ils arrivent…

Je penche la tête sur le côté et le dévisage.

- Alors tu sais aussi que les évènements qui se profilent à l’horizon n’augurent rien de bon… Et tu dois sans doute te douter également que l’on ne reviendra pas tous…

Il hoche la tête.

- Oui, et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour faire en sorte que ces évènements arrivent comme ils sont écrits. Le destin est encore incertain. L’avenir est encore incertain. Mais il est de notre devoir de faire en sorte qu’ils se déroulent comme ils sont censés se dérouler…

- Sinon, Dyno’Nyku reviendra et notre monde disparaitra, continuè-je. Oui, je sais.

Un silence s’installe.

Je suis assez étonnée de ces révélations. Est-ce seulement du bluff ? Ou bien sait-il vraiment ce qui va arriver ? Dur à dire… Les félins sont des fourbes et des bluffeurs nés. Mais comment pourrait-il savoir tout cela ? Prémonition ? Intuition ? Il ne maitrise pas la magie de l’Air, je le sens, mais la seule intuition d’un chat, même s’il est vrai qu’elle est comme un sixième sens chez eux, ne peut suffire. Quoiqu’il en soit, s’il sait ce qui va se tramé dans les semaines à venir, autant qu’on soit du même côté. Il arrive un moment où l’on doit savoir mettre de côté ses différents pour le bien commun…

Je m’étonne moi-même de ce que je suis en train de dire, tiens…

Je me retourne vers lui et lui affiche finalement un sourire vorace majestueux.

- Finalement, j’t’aime bien. Je me suis trompé sur ton compte, Matou. T’es pas aussi hautain que tu en a l’air.

- Hum ? Je me demande qui est le plus hautain des deux, Madame Je-Me-Prend-Pour-Plus-Fort-Que-Quiconque.

Je ris.

- Je ne me prends pas pour plus fort que quiconque. Ils sont juste plus faible que moi, ça n’a rien à voir. Je suis juste bada’ss[2].

Je m’arrête un instant en reprenant mon sérieux et en murmurant pour moi-même :

- Mais toute cette puissance n’est rien face à ce qu’elle a comme potentiel…

Je me rassois sur mes pattes velues et porte mon regard sur les combattants dans l’arène. En trouvant ma sœur, j’esquisse malgré moi un léger sourire que j’efface immédiatement en espérant que ce m’as-tu-vu de chat n’ai rien vu.



[1] No n’id : « Ne pas avoir besoin », en myrmes.

[2] Bada’ss : Les bada’ss étaient les soldates vétérans des myrmes, généralement à la tête de leurs armées. Les militaires et les mercenaires humains utilisent dorénavant ce terme pour désigner une personne plus forte ou plus coriace que les autres.

 

Encyclopédie des Savoirs Anciens : Poussières d'Étoiles, guilde d'aventuriers

11/12/2015 14:55 par Lylhou

La guilde d’aventurier des Poussières d’Étoiles a été fondée en l’An 2004, suite à la séparation d’une grande guilde, appelée Illusion, en deux entités distinctes : Rédemption et les Poussières d’Étoiles. Concurrentes, rivales et même ennemies, les deux guildes ne s’étaient jamais pardonné leurs frasques et aujourd’hui encore, plus personne ne sait qui fut vraiment en tort par rapport à l’autre à cette sombre époque. Une seule chose était cependant sûre, Rédemption et les Poussières d’Étoiles étaient comme chien et chat.

Lors de la Bataille de Mass’Kiria, bataille qui vit Rédemption adopter le nom de la Guilde Maudite, les Poussières d’Étoiles tentèrent de l’arrêter, mais ils se firent balayer. En effet, à l’époque des faits, la plupart des grands aventuriers des Poussières étaient en mission.

Après la destruction de la Guide Maudite par Vindikaëll et ses compagnons, les Poussières d’Étoiles tentèrent de reformer leurs rangs, mais ils restèrent toujours dans l’ombre des Aurores Éternelles, nouvellement créer, et qualifié de sauveur de Mass’Kiria. Comme la plupart des fondateurs des Aurores étaient en plus des ex-Rédemption, la rancœur que portait le Maître de Guilde de l’époque envers la Guilde Maudite fut transférée sur les Aurores. Ainsi, les Poussières et les Aurores furent à nouveau comme chien et chat et ne pouvaient plus se voir en peinture. Cette tension était palpable dans toute la cité, et nombre de membres de l’une ou de l’autre structure ne s’adressaient même pas la parole.

Avec l’avènement d’un nouveau Maitre de Guilde en l’an 2011, les tensions entre les deux entités évoluèrent. En effet, ce nouveau responsable veut effacer l’ardoise et repartir à zéro. La tâche n’est pas aisée, mais les années passant, Poussières d’Étoiles et Aurore Éternelle construisent petit à petit de nouvelles relations saines.

Aujourd’hui, Poussières d’Étoiles possède elle aussi des guerriers, des mages et des roublards très expérimentés, qui n’ont rien à envier aux meilleurs membres d’Aurore Éternelle.

Par sieur Daraiden, Maître du Savoir de Mass’Hillia

Chapitre XIII - Présentation

11/12/2015 14:55 par Lylhou

Nous sommes six dans le bureau de mon paternel, nous dévisageant les uns les autres.

C’est le milieu de la matinée. Mon père avait envoyé quelques heures plus tôt un Aurore pour me convoquer d’urgence. Cette convocation venait de me faire perdre (une fois de plus) mon pari avec ma sœur aranéide.   

Vindikaëll fait rouler son cure-dent sur ses lèvres et se tient, dos à nous, devant la grande fenêtre de son bureau qui donne sur la ville. Il l’observe dans sa lumière matinale.

Arachis est à côté de moi.

Face à nous, trois personnes, dont une que je regarde avec un air déconcerté, les sourcils relevés et la bouche entrouverte… Éridan.

Qu’est-ce qu’il fait là lui ?

À nouveau, comme à l’Antre des Jeux, il ne parait pas si impressionnant, même si le fait qu’il porte une lourde armure de mailles et de plaque lui donne une véritable carrure de soldat, allié à un visage de prince. À sa ceinture, le fourreau d’une épée, et dans le dos, un bouclier. C’est donc un guerrier… Il attend, les bras croisés, me décochant de temps en temps un regard et un sourire que je fuis immédiatement.

Mes yeux se posent alors rapidement sur la femme séraphin qui attend à ses côtés.

Cheveux argentés et coiffés d’une tresse épaisse et d’un bandeau cyan, visage fin et nacré, yeux verts perçants, la femme porte une tunique bleue et blanche parfaitement cintrée et un tabard de la guilde des Poussières d’Étoiles. Ses ailes sont d’un blanc immaculé, preuve d’une grande générosité et d’un caractère calme et serein.

Les séraphins ont la particularité d’être dotés d’un charisme et d’une grâce presque surnaturelle, et cette femme ne fait pas exception. Elle dégage une prestance hors du commun, digne d’une reine, qui me fait limite oublier l’aura paralysante de l’Éridan d’hier. Elle semble intemporelle, jeune et sage à la fois.

La dernière personne présente, assise solennellement sur le bureau de mon père, est Splin’ter, son félin.

Le Maître de Guilde se retourne et s’éclaircit la voix.

- Bien, je vous présente Okamy, fille d’Orimy, Prêtresse de la guilde des Poussières d’Étoiles. Sa Maitresse de Guilde nous l’a détaché pour la mission d’élimination que vous allez mener.

J’incline la tête respectueusement pour la saluer. Elle me rend mon salue d’un magnifique sourire, dont la grâce et la beauté me font limite chavirer. Arachis me donne un coup de patte et m’affiche un sourire vorace.

- Tes hormones te travaillent ?

Je lui donne une tape sur le crâne. Chuuuttttt ! !

- Elle sera votre guérisseuse, reprend mon père.

- Que les Ondes du Soigne-Monde veillent sur nous, dit-elle en penchant la tête.

Sa voie est douce et mélodieuse, comme le murmure limpide de l’eau d’un torrent.

- Ensuite, vous le connaissez, Splin’ter, mon compagnon de toujours. Il vous accompagnera et veillera également sur vous.

Il désigne d’un geste de la main le chat massif assis sur son bureau. Le félin inclina à son tour la tête pour nous saluer.

- C’est un honneur que de partir en mission avec vous, Lylhou, miaule-t-il.  

- C’est également un honneur que d’être rejoint par le frère de mon père.

Splin’ter, aussi appelé Rouge Dix-trois, est un félin au poil soyeux, angora et rouquin, qui a des yeux d’un vert émeraude aussi brillant que ceux de mon père. Attention, ne vous fiez pas à son apparence, Splin’ter est un très bon mage. Je le connais depuis que je suis toute petite et j’ai beaucoup joué avec lui. Il m’a d’ailleurs appris beaucoup de chose lorsque j’étais à l’académie (et il m’a même aidé pour certains devoirs, mais ça, il ne faut pas le dire à mon père).

Par contre, je sais aussi que ma sœur ne l’aime pas, elle… Elle le trouve trop sournois à son goût, trop… félin en fait… Et voilà qui risquait d’être très problématique. Gérer les deux aînés qui ne peuvent pas s’encadrer risque d’être compliqué...

- Et pour finir, Éridan, fils de Lillian, termine mon père. Un membre nouvellement promu dans nos rangs. Il sera votre guerrier.

- C’est un honneur pour moi, dit-il.

Je grimace. Même sa voix est différente. Monocorde et grave, elle est très loin de sa voix suave d’hier… Je ne comprends pas pourquoi il y a tant de différence, à croire que je suis en présence de son frère jumeau ou carrément d’une autre personne…

- Un n’oub[1] pour nous accompagner ? demande franchement Arachis, sans cacher son étonnement et son mécontentement.

- Éridan a fait preuve de beaucoup de talent dans les dernières missions que nous lui avions confiées. Et puis, Yojimko et Ball’krapp ne sont pas disponibles pour le moment, et ils ne rentreront pas avant un certain temps.

Je fronce les sourcils. La mission n’allait pas être de tout repos, et je me retrouve accompagnée d’une mage d’une guilde concurrente terriblement belle et d’un bleu qui semblait avoir deux personnalités, mais qui est aussi diablement charmant… Tout cela ne me disait rien qui vaille. Sans compter que, dans ma poitrine, mon cœur commence à s’exciter et à faire des bonds.

- Vous partez demain à l’aube. Rendez-vous ici ce soir, je vous fournirais les derniers détails de la mission. Profitez de l’après-midi pour faire connaissance.

Mon père nous dévisage une dernière fois.

- Vous pouvez y aller.

Okamy et Éridan sortent alors en saluant le Maître de Guilde. Je reste un instant et m’approche de lui, une fois le guerrier et la prêtresse partis. 

- Fait-moi confiance, ma puce, commence-t-il avant même que je n’ouvre la bouche. Même s’il parait jeune, Éridan est un bon guerrier.

- Je n’en doute pas.

Je réponds, pas franchement convaincu, et je sens que mon père perçoit mon trouble.

- Et Okamy est sans doute la meilleure guérisseuse que je puisse t’offrir, continue-t-il.

Je secoue la tête.

- Là aussi, je ne remets pas en doute ton jugement, papa. Mais pourquoi effectuer cette mission si vite ? Pourquoi ne pas attendre le retour de nos vétérans et surtout, pourquoi demander l’aide d’un guérisseur d’une guilde rivale ? Neïia, Aya’busa ou Ysphaé, ne sont-ils pas à la hauteur ?

- Si, ma fille. Mais j’ai appris de tristes nouvelles hier, en allant voir les Princes. La Maitresse des Poussières d’Étoiles était également présente et elle avait apporté elle aussi un rapport des plus inquiétants sur les activités korks au Fort Noir. Il semblerait que l’armée que vous avez vue ait doublé de volume, voir même triplé… Une horde serait descendue des Pics Déchiquetés il y a trois semaines environ. Puis, une grande partie de cette armée se serait mise en route, vraisemblablement vers les Haute-Brumes, si l’on en croit les derniers éclaireurs korks capturés dans la région. Pour l’instant, il semblerait que le grand kork soit encore dans le fort. Mais il n’y demeurera pas éternellement. Nous devons donc nous hâter, et profiter de l’absence de sa légion pour nous infiltrer rapidement et l’éliminer. Voilà pourquoi vous êtes peu nombreux et surtout, voilà pourquoi une Poussière t’accompagne. Les Princes Marchands ont confié cette mission à nos deux guildes.

- Je comprends.

Je remarque l’ombre qui traverse le regard de mon père, mais ce dernier se compose immédiatement un masque d’indifférence. Je fronce les sourcils, comme pour tenter de percer à jour le trouble qui l’accaparait.

- Tu sembles perturbé, papa.

- J’ai peur pour toi, ma fille. J’aurai aimé t’accompagner cette fois si, mais ne je le peux, à mon grand regret.

Il s’approche de moi. Taillée court, sa barbe émaillée de blanc accentué les années qu’il avait. Dans ses prunelles vertes, je lis en fait plus que de la peur, et l’espace d’un instant, je me surprends à sentir mes entrailles se liquéfier.

- Je n’ai pas oublié que Silik s’est levée seul hier… Et tu sais aussi bien que moi qu’elle n’apporte jamais rien de bon.

Je hoche la tête sans même m’en rendre compte. Mon cœur palpite, j’ai l’impression désagréable de sentir sa peur rentrer en moi.

Puis, tout à coup, son visage se change et rayonne comme celui d’un père heureux. Il me décoche un tendre regard et un joli sourire comme il en avait le secret.

- Enfin, si, une fois elle m’a annoncé ton arrivée. Ce qui fut loin d’être un mauvais présage.

Subitement, aussi rapidement qu’elle est venue, toute la terreur qui m’a envahi s’éclipse. Je prends alors mon père par le cou et l’enlace.  



[1] N’oub : Termes myrmes désignant les larves de leurs peuples avant leur première mutation. Aujourd’hui, les soldats se sont appropriés ce terme pour qualifier les nouveaux arrivants de manière péjorative.

 

Encyclopédie des Savoirs Anciens : Les Esprits Primordiaux, seconde partie

11/12/2015 14:54 par Lylhou

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Esprit Primordial de la Terre

Neith, l’Araignée du Destin, la Tisseuse d’Âme, est l’Esprit Primordial du destin et du temps, protectrice des artisans et des morts. Elle demeure dans une caverne au centre de Ny’ar, au milieu d’une gigantesque toile, où chaque fils est la vie d’une créature. Lorsqu’un des fils s’apprête à rompre, c’est que l’individu ou la créature en question s’apprête à mourir. Neith accueille alors le futur défunt dans le Hall des Jugements pour déterminer s’il est apte à rejoindre le paradis des Limbes ou si, au contraire, il n’en est pas digne et, auquel cas, elle le plongera dans l’Outre-Monde. Les myrmes racontent dans leurs légendes que Neith passe très souvent des pactes avec les mortels pour mener à bien des tâches obscures visant à protéger Ny’ar.

Khépri, le Scarabée de la Peste, est l’Esprit Primordial de la maladie, de l’oisiveté et de la putréfaction. Il ressemble à un scarabée d’un vert répugnant, avec des barbelures immondes, qui dégage une forte odeur de pourriture. Il vit au fond du gouffre sous la toile de Neith. Il y attend et dévore toutes les âmes rejetées des Limbes par l’Araignée du Destin. Lorsque son festin n’est pas à la hauteur de son appétit, il lâche une épidémie sur la surface du monde et attend, la gueule ouverte, que les âmes déferlent et apaisent sa faim insatiable.

Esprit Primordial de l’Eau

Kaa le Vieux, le Kraken du Profond, le Soigne-Monde, est l’Esprit Primordial des océans, des guérisseurs, des marins et des ondines. De ses immenses tentacules, il veille sur Ny’ar et ses océans et répand ses eaux et ses pluies purificatrices. Il voue aujourd’hui une haine sans limites à son frère cadet, Ka’Mo qui l’a trahi durant la Chute. Lorsqu’ils se trouvent, les combats qu’ils se livrent donnent lieu à de gigantesque tsunami et raz de marée.

Ka’Mo, le Requin Démon, la Mâchoire aux Mille et Une Dents, est l’Esprit Primordial des tempêtes, des marées et des prédateurs aquatiques. Frère cadet de Kaa, il a, jusqu’à la Chute, toujours travailler de concert avec le Vieux pour veiller sur les océans. Apparemment neutre durant la Guerre des Esprits, sa corruption ne fut révélée au grand jour que lors de la Chute, quand il engloutit l’île légendaire des ondines et trahit par la même occasion sur frère. Depuis lors, Ka’Mo combat le Vieux aussi souvent qu’il le peut et se terre dans les abimes de l’océan le reste du temps.

Par sieur Daraiden, Maître du Savoir de Mass’Hillia

Chapitre XII - Le Réveil

11/12/2015 14:53 par Lylhou

Le lendemain matin, alors que les doigts de Mère Soleil crèvent les nappes de brouillard blême et traversent ma fenêtre, j’ouvre un œil et me relève sur mon séant. Baillant à m’en décrocher la mâchoire, je vois à travers la vitre Arachis qui me dévisage.

Après lui avoir ouvert, je me débarbouille avec la petite bassine d’eau chaude et la serviette mise à ma disposition devant ma porte.

- Tu avais peur que je ne me réveille pas ? Commencè-je.

- Non, croqueuse d’hommes. J’ai eu peur qu’un jeune et beau baltringue ne vienne te troubler dans la nuit, ricane-t-elle, incapable de me dire qu’en réalité elle s’inquiétait pour moi et avait dormi au-dessus de ma fenêtre.

Une fois lavée et un peu plus présentable, je m’habille.

J’enfile des chaussettes montantes, de couleur sombre qui m’arrivent à mi-cuisse, et une tunique verte, qui me couvre bras et hanche. Je mets ensuite un plastron de cuir vert foncé, qui me protège le buste. C’est une armure très légère, mais je garde ainsi le contrôle total de mes mouvements, ce qui, pour une voyageuse comme moi, est primordial. Je mets ensuite des protège-tibias en cuir, qui se terminent par des genouillères souples, et des bottines de cuirs, fourrées, imperméables et très confortables (cadeau d’un noble à qui j’avais rendu service il y a plusieurs années). Les manches de ma tunique étant relevés par temps chaud, j’ai les bras nus, mais je porte tout de même des bracelets de cuir à lamelle de métal (pour parer les armes armes légères) et des petites mitaines noires, celles-là mêmes que j’ai récupérées la veille sur les séraphins. Ma tunique est serrée par une large ceinture de cuir sur laquelle est attaché le fourreau de mon cimeterre à dragonne, mon carquois, une bourse et une petite sacoche sur la fesse dans laquelle je range quelques linges propres, diverses graines et onguents médicinaux et de la pâte à dent. Sur mon gilet de cuir, un fourreau garde un long couteau de chasse à la lame dentelée, dont le manche pointe vers le bas.

Tout cet équipement est complété par une besace, dans laquelle je porte le reste de mes affaires, généralement limité à du sni’k, une petite couverture, une outre d’eau et une autre de miel (très utile pour les bandages ou pour son apport rapide en sucre), une cuillère en bois, un opinel, un petit savon, une aiguille à coudre avec du fils, une petite brosse, ma boîte hermétique et ma nouvelle boite de jeu de cartes.

J’enfile ensuite, pour terminer ma tenue, une cape de rôdeur, légère et chaude, qui me protège des intempéries et dans laquelle est intégré le fourreau de mon arc.

- Allez, ma belle, en route, lancè-je en remettant ma mèche orange derrière l’oreille, un large sourire aux lèvres.

- Avant d’aller voir ton père, j’aimerai faire un tour au temple de Neith, si ça te gêne pas.

Je secoue la tête alors qu’elle m’emboite le pas. Non, cela ne me gêne pas, bien au contraire. En tant que tarenkas, ma sœur est liée à l’Esprit Primordial de la Terre Neith, l’Araignée du Destin. Mais Neith est aussi la Tisseuse d’Âmes, la protectrice des morts. Les gens vont donc lui rendre hommage pour honorer leurs défunts. Personnellement, je n’ai pas de défunt à honorer, mais j’en profite à la place pour lui demander de veiller sur ma sœur bien-aimée.

Encyclopédie des Savoirs Anciens : Aurore Éternelle, guilde d'aventuriers

11/12/2015 14:53 par Lylhou

Aurore Éternelle est une guilde d’aventurier. Elles rassemblent des individus ayant soif de découvertes, de richesses et de voyages. Elle loue les services de ses membres pour différentes missions, qui peuvent aller de la simple escorte de noble ou de commerçant, aux missions plus difficiles de recherche d’artéfact, de chasse aux korks ou de traque de ténébreux.

Cette guilde fut créée en l’An 2008 par Vindikaëll, le Sauveur de Mass’Kiria.

Bien avant cela, Vindikaëll était un simple membre chez Rédemption, une guilde d’aventurier rivale des Poussières d’Étoiles. Son ancien Maître de Guilde sombra un jour dans une folie meurtrière et poussa ses membres à prendre d’assaut Mass’Kiria. Après avoir assassiné les Princes Marchands et les dirigeants des Patrouilleurs, Rédemption réduisit à feu et à sang la cité jusqu’à ce que plusieurs de ses membres, dont Vindikaëll, ne se mettent en travers de sa route. Après des combats acharnés et sanglants, Rédemption, appelée depuis lors la Guilde Maudite, fut vaincue et la Bataille de Mass’Kiria gagnée. À la suite de cette victoire, Vindikaëll rassembla les survivants de Rédemption qui n’avaient pas sombré dans la folie, et il fonda avec eux Aurore Éternelle. Le corps officiers de la guilde est encore composé, à l’heure actuelle, de ses cinq membres fondateurs : Vindikaëll lui-même, Kram’thar, Stra’kun, Naï’th et Thyti.

Aurore Éternelle fit rapidement ses preuves et participa activement à la reconstruction de Mass’Kiria. Elle prit rapidement une place de choix dans le classement des guildes les plus rentables pour les Princes Marchands et bientôt, elle fut démarchée pour rejoindre Mass’Suna. Cependant, malgré de nombreuses offres toutes plus alléchantes les unes que les autres, Vindikaëll n’accepta jamais de migrer sa guilde vers une cité plus importante. Il estime que sa vie est à Mass’Kiria et que, pour rien au monde, il ne changerait d’endroit.

À l’heure d’aujourd’hui, Aurore Éternelle est l’une des plus grosses guildes de Ny’ar, mais reste tout de même loin dernière les immenses structures que son Parangon, Méthode ou Vogues. Bon nombre de membres d’Aurore Éternelle sont tout de même reconnus dans la plupart des grandes cités comme étant de remarquable guerrier, mage ou rôdeur.

Par sieur Daraiden, Maître du Savoir de Mass’Hillia