Chapitre XI - L'Antre des Jeux
11/12/2015 14:52 par Lylhou
La salle de jeu est située dans la rue de la Croix. Ouverte jusqu’à tard dans la nuit, elle abrite plusieurs grandes salles où les gens se réunissent pour jouer à des jeux de cartes, de hasard ou de plateau. Ici, pas d’argent mis en jeu, juste la convivialité, la bonne humeur et la joie de partager un bon moment avec des amis ou de parfaits inconnus.
Accueillie comme une véritable revenante, je n’ai aucun mal à trouver une table à laquelle m’assoir et jouer.
Alors oui, je suis une rôdeuse, mais j’aime jouer. Vous pensiez qu’on ne peut pas s’amuser un peu en étant aventurier ou quoi ? Bon, c’est ce que pense Arachis, mais c’est pas pareil ! Croyez-moi, un bon jeu vous fait oublier tous vos soucis !
Je fais donc plusieurs parties de jeu simple, comme Monopole (jeu qui consiste à bâtir des maisons sur des terrains) ou Risque (jeu de bataille avec des dés et de petites figurines qui se combattent pour la domination de Ny’ar), mais je m’attèle aussi à des jeux beaucoup plus complexes comme Myrmilization (jeu de stratégie où l’on doit faire évoluer une civilisation Myrme en compétition avec les autres joueurs) où la durée d’une partie peut facilement attendre trois ou quatre heures.
Durant la soirée, alors que je mène mes myrmes à la victoire (enfin presque), j’aperçois, non sans étonnement, Éridan.
Rabaissant ma tête dans mes épaules, comme pour me cacher et passer incognito, je demande aux joueurs avec moi :
- Qui est-ce ? Le jeune homme, blond avec la queue de cheval, là-bas.
- Lui ? Oh, c’est un des nouveaux d’ta guilde ! Éridan, qu’il s’appelle, je crois. Il vient souvent ici, c’est un gros joueur. Tu ne l’as pas vu encore ? Il est sympa, j’suis sûre que tu t’entendrais bien avec lui.
Je secoue la tête, feignant l’ignorance.
- Non. Je suis rentré aujourd’hui et j’avoue que je ne suis pas allez faire coucou à tous les aspirants…
Alors que le jeune homme passe devant notre table sans me remarquer (ouf), son attitude me trouble.
Contrairement aux thermes, je ne ressens pas du tout sa prestance d’antan. Il reste toujours charmant, mais quelque chose est différent. Il est moins impressionnant. Son aura est moins écrasante. Je dirais même plus que là, il n’a pas d’aura… Cette sensation me dérange, mais cela ne m’empêche pas, à mon grand regret, de sentir tout de même mon cœur accélérer dans ma poitrine. Je reste alors sans bouger, de peur que, même s’il a disparu dans la pièce d’à côté, il ne puisse me voir si je fais le moindre geste.
Après plusieurs minutes d’inactivité, et sentant que mes compagnons de jeu s’impatientent pour la suite, je me reconcentre sur ma partie en me raclant la gorge.
J’aimais beaucoup jouer à ce genre de jeux de plateau, mais j’aimais aussi beaucoup les jeux de cartes. Ils sont pour moi un moyen de me couper du monde extérieur et des dangers qui l’habitaient et que je fréquente à longueur de journée. J’ai toujours regrettais, d’ailleurs, que la plupart de ces jeux soient trop encombrants pour les emporter dans mes voyages. Bon, en même temps, même si un jour j’en trouvais un, Arachis n’accepterait jamais d’y jouer, vu elle n’y voie aucun intérêt…
Ce soir-là, lorsque je sors (tard) de l’Antre des Jeux, j’ai le sourire. Je ne peux cependant pas en dire autant de ma sœur qui m’a attendu la moitié de la nuit. Je prends la direction de la guilde, marchant silencieusement, et suivie par l’araignée géante qui ne me décroche pas un mot.
Une fois les portes franchies et refermées (petit bonsoir aux membres de garde ce soir) je monte les escaliers de pierre et me dirige vers ma chambre, dans les dortoirs. Je ferme la porte derrière moi, une fois qu’Arachis fut entrée à son tour.
La pièce est relativement petite. Un lit douillet m’attend éclairé par une bougie qui vacille lorsque je ferme la porte. Je retrouve quelqu’une de mes affaires, des souvenirs divers que je ramène parfois de mission. Plusieurs livres sur une étagère côtoient un petit tableau signé « Maria », une femme qui m’a payé un service avec ce petit présent. Le diplôme de mon académie est aussi accroché au mur. C’était petit, mais c’était chez moi…
Alors que je m’assois sur mon lit, j’aperçois un petit mot de mon père sur la table de chevet. Je le lis rapidement.
- Bon, il est allez voir les Princes et on va avoir « l’honneur » d’être escorté par un membre des Poussières d’Étoiles, commencè-je à voix haute, sarcastique, en appuyant sur « l’honneur ».
Ma sœur fait la moue sans répondre.
- Tu vas me faire la gueule encore longtemps ? Surinè-je, exaspérée. Si tu ne voulais pas m’attendre, je ne te force pas à le faire !
- Rassure-toi, je n’ai pas fait que t’attendre bêtement, belette.
J’arque un sourcil interrogateur.
- J’ai décidé de passer le cap ce soir, en te voyant jouer. Regarde dans ton sac.
J’obéis posément et trouve à l’intérieur de ma besace une petite boîte, en bois, très finement sculptée et qui avait donc dû couter une fortune. Enfin, me couter une fortune, car ce qu’Arachis achète, elle le fait naturellement avec mon argent, vu qu’elle n’en a pas...
- Ouvre là.
Je m’exécute et ce que j’y trouve à l’intérieur me fait décrocher le plus beau sourire que je puisse avoir.
- Arachis ! Tu es sérieuse ?
Elle hoche la tête. Malgré sa mâchoire serrée, je sens qu’elle se retient de sourire.
Je la prends alors dans les bras. Surprise, elle veut tout d’abord me repousser, mais finalement reste là, les pattes ballantes.
- Je suis sûr que cela te plaira !
Après plusieurs secondes (ou plusieurs minutes), ma sœur s’ébroue.
- Cet excès de sentiment va finir par me donner la gerbe…
Je lui souris.
- Allez, je vais pieuter dans la forêt, dit-elle en ouvrant la fenêtre avec ses pédipalpes. Bonne nuit Lylhou, à demain. Soit prête à l’aurore.
Je lui souhaite une bonne nuit à mon tour alors qu’elle disparait dans la nuit en bondissant de toit en toit, aussi silencieuse qu’un chat en maraude.
Je m’étire alors longuement et me déshabille, avant de me glisser sous les draps.
Le sourire encore aux lèvres, couchées sur le côté, je regarde, en m’endormant, la boite qui contenait un magnifique jeu de cartes.
- Merci, ma sœur, murmurè-je en fermant les yeux.
Encyclopédie des Savoirs Anciens : Les Ténébreux, les serviteurs noirs de Dra'Kin
11/12/2015 14:51 par Lylhou
Les ténébreux, aussi appelés créatures ténébreuses ou des ombres ou bien encore sombres bêtes, sont des aînés dont l’esprit a été rongé par Dra’Kin, le Suceur d’Âme. Maintenant créatures malfaisantes, dangereuses et malignes, les ténébreux ne vivent plus que pour le massacre et pour servir les sombres desseins et les murmures fantomatiques de leur sombre maître qui les commandent et les poussent à accomplir sa volonté.
Les sombres bêtes ont, généralement, et toutes espèces confondues, un aspect qui vire sur des couleurs ternes et sombres, oscillant entre le noir, le gris foncé ou le brun. Leurs yeux sont tous, et sans exception, rouge brillant. On raconte que dans leurs yeux brûle la colère de Silik elle-même. On peut donc reconnaitre très simplement les ténébreux de par leur regard infernal.
Les ténébreux sont chassés et tués à vue par les aînés et les humains qui les croisent, aussi, vivent-ils dans l’ombre et hantent les nuits. Il est rare d’en croiser proche des villes, mais parfois, ils sortent de leurs tanières et traquent des esprits faibles à déchiqueter ou à capturer. On dénombre beaucoup d’attaques de ténébreux le long des grandes routes marchandes, profitant des flux incessants de voyageurs et de marchands pour assouvir leurs soifs de sang.
Même si la plupart des ténébreux qui foulent Ny’ar aujourd’hui ont été corrompus durant la Guerre des Esprits, quelques aînés sombrent encore dans la folie de nos jours. Ce sont les vampires, les descendants de Dra’Kin, qui les traquent et dévorent leur âme. Une fois qu’ils ont trouvé une proie, ils la hantent et, lentement mais surement, ils la tourmentent jusqu’à que ce que son cœur et son esprit ne soient brisés et ne craque. Alors, le pauvre hère ne ressent que souffrance et haine et il est corrompu. Ses yeux tournent au rouge sang et sa robe, sa carapace ou sa peau vire aux sombres couleurs de son nouveau maître.
Par sieur Daraiden, Maître du Savoir de Mass’Hillia
Chapitre X - L'Épée Brisée
11/12/2015 14:51 par Lylhou
J’arrive devant l’auberge de l’Épée Brisée, un petit établissement sans prétention qui sert un ragout délicieux. J’entre et prends place avec Arachis dans un coin. La salle est petite, accueillant seulement une dizaine de tables, dont seulement la moitié est occupée ce soir. Deux ou trois aînés accompagnent les clients, qui ne me jettent qu’un œil curieux à mon entrée.
- Lylhou, Arachis, ça fait plaisir de vous revoir, mes jolies. Comment allez-vous ?
- Bonsoir Lysanna, je vais bien et toi ?
La quinzaine, voix joviale, joli minois riant, ailes blanches immaculées, grands yeux bleus et cheveux blonds taillés aux épaules, Lysanna est la serveuse de l’auberge et accessoirement aussi la fille du propriétaire.
- Très bien, qu’est-ce que je vous sers ?
- Le ragout de ton papa bien sûr ! Et un grand bol de lait pour la demoiselle qui m’accompagne.
- Je vais chercher cela de ce pas, sourit cette dernière en repartant en cuisine.
Je regarde la jeune fille qui s’en va, un sourire aux lèvres. Le côté convivial de cette auberge est une véritable étape à mon ressourcement lorsque je pars loin en territoire sauvage. Je connaissais Lysanna depuis que sa maman l’avait mise à monde, bien que celle-ci soit morte en couche. Que Neith veille sur son âme. Le propriétaire, Amitila de son nom, est un grand ami de mon père et ancien prêtre séraphin d’Aurore Éternelle. Il avait raccroché le tablier suite au décès de sa femme et s’était adonné ensuite à sa passion en ouvrant une petite taverne avec ses économies. Comme il avait gardé des liens avec mon père, j’ai passé une bonne partie de mon enfance avec sa fille, que je considère un peu comme ma petite sœur. Cependant, nos chemins se séparèrent lorsque j’ai embrassé la carrière d’aventurier, à la fin de ma scolarité à l’académie. Mais malgré ces voies différentes, nous gardons une profonde amitié.
Quelques minutes plus tard, la petite blonde revint avec un grand plat chaud. Elle me sert, pose couvert et assiette et me souhaite bon appétit. Elle dépose ensuite un grand bol devant ma sœur.
Je la remercie, toujours souriante, tandis que l’araignée approche le bol avec ses pédipalpes et y plonge ses chélicères.
Lysanna penche la tête sur le côté et ose poser une question :
- Cela fait longtemps que cela me travaille, mais pourquoi du lait, Arachis ?
Ma sœur lève ce qui lui sert de sourcil et ricane :
- Parce que ça m’change de la barbaque. Enfin, de la pulpe d’organe prédigéré, pour être plus exact…
- Tu m’épargnes les détails s’il te plaît, claquè-je en la foudroyant du regard. Je mange là !
L’araignée me sourit avant de reprendre à l’adresse de la serveuse amusée.
- Tu manges bien du pain, de la salade ou du lapin toi, non ? Ben moi, je tête des korks et j’bois du lait, c’tout.
- Téter, téter, tu ne tètes pas ta mère à la naissance à ce que je sache, coupè-je, la bouche pleine.
- À ma naissance, j’ai plutôt becté mes frères et sœurs. Puis j’ai fui ma mère qui voulait elle aussi essayer de me becqueter.
Elle plonge ses chélicères dans son bol en haussant les épaules. Lysanna, qu’un client hèle, s’en va ensuite et nous laisse finir notre repas entre sœurs.
Une fois ce dernier terminé (et payé), je vais faire un coucou au chef, qui fut ravi de me revoir. Nous discutons alors pendant de longues minutes avant que je ne me décide enfin à partir, poussé par Arachis qui n’en finissait pas de tourner en rond. Elle alla même jusqu’à faire trois fois le tour du plafond pour discuter avec les minuscules araignées des maisons qui y vivaient.
- Allez, dernière étape avant d’aller au lit, les jeux ! m’exclamè-je en me frottant les mains d’excitation, une fois dehors.
- Les jeux… marmonne ma sœur. J’avais presque oublié que tu irais jouer en rentrant…
Je prends la direction de l’Antre des Jeux, d’un pas ferme.
- Allez, viens avec moi pour une fois ! Tu verras c’est trop bien !
Ma voix enjouée me rappelle celle d’une petite fille impatiente d’ouvrir son cadeau d’anniversaire.
Ma sœur secoue la tête.
- Je suis une tarenkas, un arachnide. Je me fou pas mal de tes jeux de baltringue. Je t’attendrais dehors, comme d’hab.
- Pff, parfois je me demande si tu ne deviendrais pas un ténébreux tellement tu es coincée.
L’araignée me lance un regard noir et tourne les talons.
Encyclopédie des Savoirs Anciens : Les Esprits Primordiaux, première partie
11/12/2015 14:50 par Lylhou
Ny’ar engendra, à l’aube de l’Ère Sauvage, huit Esprits Primordiaux, qui allaient façonner son corps et créer la terre et la vie telle que nous la connaissons. Ces huit Esprits reçurent de Ny’ar une partie de son énergie vitale : deux bénéficièrent de la robustesse de la Terre, deux autres acquièrent la puissance du Feu, deux autres gagnèrent l’énergie de l’Eau enfin et les deux derniers eurent les pouvoirs de l’Air.
Esprits Primordiaux de l’Air
Dra’Kin, le Vampire Volant, la Terreur de la Nuit, le Suceur d’Âme, est l’Esprit Primordial de la nuit, de la peur et des voleurs. Sous la forme d’une chauve-souris noire, dotée de deux paires d’ailes gigantesques et d’un sinistre regard rougeoyant, Dra’Kin vit, selon les légendes, à l’Ouest du monde. Il se terrerait et se cacherait dans les grottes et les cavernes innombrables des Pics Déchiquetés, d’où il guiderait et commanderait ses armées. Le soir, lorsque les lunes sont cachées par les nuages, ses sbires sortent et dévorent les âmes des plus faibles, ou pires, les corrompt et les transforme en ténébreux.
Quetzal, le Gardien des Chemins, le Seigneur de la Chasse, le Grand Veilleur, est un ave dont les plumes multicolores brillent dans le ciel d’un éclat aveuglant. Protecteur des routes, il est l’Esprit Primordial de la foudre, du vent, des rôdeurs, des voyageurs et des oiseaux, et donc par extension des séraphins. Il vole au plus haut dans le ciel et guette les sombres créatures de Dra’Kin qu’il pourchasse sans fin. Parfois, une trainée de feu transperce le ciel, et les myrmes racontent que, lorsque cela arrive, le Grand Veilleur a trouvé une des cachettes de Dra’Kin et qu’il fond sur lui pour le repousser encore dans les ombres.
Esprits Primordiaux du Feu
Dyno’Nyku, le Raptor du Carnage, est un monstre. Esprit Primordial de la guerre et de la tyrannie, il est dorénavant le Prince des Démons et le Seigneur du Chaos, qui ronge sa haine depuis le fin fond de l’Outre-Monde. Il avait, lors de sa création, l’apparence d’un raptor aux écailles rouge sang, avec un collier de plume autour du cou et des griffes tranchantes comme des rasoirs. Aujourd’hui, personne ne sait s’il ressemble toujours à cela ou s’il a pris des airs de korks, qui sont ses rejetons invoqués des entrailles du Cosmos durant la Guerre des Esprits. Avant même sa corruption par Silik, il ne vivait déjà que pour la domination et la destruction des plus faibles, aussi, la Rouge n’eut aucune difficulté à le rallier à sa cause.
Calcination, la Louve Ardente, est une louve à la fourrure de flamme, calme et généreuse. Elle est la protectrice des paysans, des commerçants et des phénix. Elle est aussi l’Esprit Primordial de l’amour et de la fécondité. D’une gentillesse et d’une noblesse d’âme sans égal, elle prône l’amour et la tolérance au monde, mais sait aussi s’éveiller dans les flammes pour protéger ce qu’elle aime.
…
Par sieur Daraiden, Maître du Savoir de Mass’Hillia
Chapitre IX - Les Thermes
11/12/2015 14:50 par Lylhou
Je respire un grand coup, et fais la grimace.
L’odeur de la ville ne m’avait pas manqué. Parfum qui regroupe les effluves du pain chaud sortant du four avec le crottin qui tapisse la chaussée. Son animation non plus ne m’avait pas manqué. Les rues, même à cette heure-ci, sont encore bondées. Les gens qui rentrent chez eux après une dure journée de labeur, les gardes qui patrouillent, les commerçants qui rangent leurs étalages ou ferment leur magasin ou encore les aubergistes qui affichent le menu du soir. Certains sont même accompagnés d’aînés : sanglier hirsute, chat ronronnant ou libellule bourdonnante…
Je n’ai jamais aimé la ville, et ma sœur non plus d’ailleurs, ce qui nous offre un point commun supplémentaire qui nous mène à ne jamais rester très longtemps dans ces bourgades puantes et bruyantes.
Mon regard se pose sur elle, assise, les yeux mi-clos, qui attend patiemment que mon moment d’égarement se termine. Sans même m’en rendre compte, un sourire se dessine sur mes lèvres.
- Bon, t’as fini de rêver ? Claque-t-elle, comme si elle avait senti mon regard et mon sourire.
- Euh oui… Oui.
- Où veux-tu aller ?
- Aux thermes naturellement ! m’exclamè-je, avec un sourire d’oreille à oreille. On se retrouve à l’Épée Brisée ?
- Ça me va.
L’araignée s’éloigne alors mollement. Les thermes sont réservés aux humains ; les aînés, les créatures intelligentes comme Arachis, se débrouillent quant à eux dans la rivière, à l’extérieur de la ville pour peu qu’ils aient la nécessité de se laver.
Toute souriante, je me dirige alors vers l’établissement d’ablution.
Il est situé dans la partie nord de la ville, en souterrain, près de la source de la Bornes, la rivière qui jaillit des entrailles de la colline. C’était l’endroit parfait pour se détendre après une longue mission comme je venais de vivre.
Je paye l’entrée de quelques disques d’argent et file me déshabiller dans les vestiaires. J’enfile un grand peignoir blanc et pénètre dans les thermes, en saluant d’un signe de tête discret l’assemblée, composée d’une dizaine d’homme et de femmes qui parlent au coin des bains, où qui attendent sur les bancs en pierre disposés tout autour. Il règne ici une température avoisinant les quarante ou les cinquante degrés et la vapeur qui s’élève des pierres chauffées forme un brouillard dense qui s’enroule autour de moi.
Malgré cette brume laiteuse, je distingue rapidement deux jeunes hommes qui ne me lâchent pas du regard, languissant du moment où j’ôterai mon peignoir.
Je souris.
Bien que les thermes publics soient mixtes, ils n’étaient pas rares de voir des hommes, ou des femmes, très entreprenants quand ils voyaient la marchandise dévoilée dans sa simple nudité. Généralement, ces malpropres étaient rapidement renvoyés par la porte de sortie à la première remarque désobligeante ou au premier regard un peu trop prononcé. Cependant, parfois, certains restaient très discrets sans vraiment l’être, à l’image de ces deux jeunes sur ma gauche.
Une fois plongé dans l’eau chaude, je soupire d’aise en fermant les yeux. Je n’aime pas la ville, mais par Tain, qu’est-ce que j’aime ces fichus bains chauds ! J’ai l’agréable sensation que toute ma fatigue s’efface en même temps que la crasse de mes voyages. J’ai l’impression étrange de muer, échangeant de peau. Transformant la rôdeuse sale et transpirante que je suis en une jeune femme de bonne compagnie, digne et désirable.
Je ferme les yeux en respirant profondément. Je sens l’eau balloter mon corps au rythme des courants chauds. Je souris à nouveau. Je me sens tellement bien, tellement décontractée et calme. L’eau me fait un bien fou. Presque un mois et demi passé à limiter ma toilette à un simple coup d’eau sur le visage et les mains, c’est dur. Pas seulement pour la crasse. Je suis une rôdeuse, je vis avec la crasse. Cela parait sale dit comme cela, mais que voulez-vous, se balader en sentant le savon dans La Sapine n’est pas vraiment ce qu’il y a de plus recommandé, si vous voyez ce que je veux dire. Non, l’eau me fait un bien fou, car je suis intrinsèquement lié à elle de par mes origines. En tant qu’humaine de l’Eau, j’ai un besoin quasi surnaturel d’avoir un contact avec cet élément, même s’il est vrai que ce désir est beaucoup moins prononcé chez moi que chez mes consœurs. Certaines d’entre elles entrent dans une mélancolie maladive dès qu’elles s’éloignent de quelques kilomètres seulement de leurs rivières ou de leur mer. Par Tain, heureusement que je ne suis pas comme cela, sinon, je n’aurai pas fait une rôdeuse exceptionnelle.
- Vous permettez ?
Je sors de mon état de semi-somnolence et reste un instant en suspens. Mes prunelles mauves se perdent dans les yeux de mon interlocuteur tandis que les paillettes d’or de ses iris étincèlent.
Regard ocre clair et brillant, nez saillant, sourire charmeur, barde fine et soigneusement taillée, cheveux blonds et coiffés d’une queue de cheval, le jeune homme qui se tient devant moi transpire d’une aura presque surnaturelle.
- Euh, oui … oui, balbutiè-je.
Avant même que je ne finisse de répondre, il s’installe à mes côtés. Alors que je tente d’éviter son regard, je me sens soudain mal à l’aise. Comme si je me trouvais en présence d’une personne d’un rang bien supérieur au mien, ou voir même, comme si j’étais face à Tain en personne. La prestance de ce jeune homme me trouble profondément, à la limite du décent.
- Je m’appelle Éridan, fils de Lillian, commence-t-il en brisant le silence. Je suis aspirant chez Aurore Éternelle.
Je risque un regard du coin de l’œil, en remettant ma mèche orange derrière l’oreille.
C’était bizarre, j’aurai dû entendre parler d’un type comme lui. D’accord, je ne m’intéresse pas aux allés et venus des aspirants de ma guilde (et je ne suis rentré il y a quelques heures seulement), mais lui, il ne pouvait quand même pas passer inaperçu…
- Et vous ? Me feriez-vous l’honneur de me partager votre nom ? me demande-t-il d’une voix douce et suave.
Je sens que mes joues s’empourprent et je détourne mon visage pour ne pas ajouter cela à mon embarras.
- Lylhou, fille de Vindikaëll… murmurè-je.
Il ne semble aucunement intimidé par mon nom, ni par celui de mon père. Son regard se contente de me dévisager tendrement, alors que mon regard à moi cherche à l’éviter à tout prix.
Ma gêne s’accentue, à mesure que je sens ses yeux courir sur ma peau. J’ai toujours détesté cela. Le regard des hommes. Ils me mettent mal à l’aise. D’accord, je suis ce qu’on peut qualifier de jolie fille (« tu te la pètes ! », vous entendez ma sœur vous aussi ?), mais cela n’empêche pas que je ne supporte pas leur regard, très souvent insistant et, malheureusement, aussi très souvent malveillant…
J’ai la désagréable impression que son regard transperce mon âme et sonde mes chairs et mon esprit dans ses moindres détails. Comme si j’étais totalement mise à nue devant lui (enfin, techniquement là, j’étais déjà nue, mais bon) et que ses yeux caressaient doucement chaque partie de mon corps. Il faut que je bouge ! Mais mon corps ne répond pas. Il est comme paralysé par cette aura qu’il dégage et qui semble écraser mes épaules. Je n’ai cependant pas l’impression qu’il me veut du mal, ou qu’une arrière-pensée ne l’anime. Mais sa prestance me trouble à un point que je ne parviens pas à contrôler. Bouge !
- Je ne pensais pas que la plus grande rôdeuse d’Aurore Éternelle soit aussi timide, voyez m’excuser.
Sa voix glisse dans les oreilles comme un cours d’eau limpide et calme. Mon cœur s’emballe. Je serre les dents. Bouge !
- Je… Je dois y allez, ma sœur m’attend. Au plaisir.
Ma voix se vrille, mais j’avais enfin trouvé le courage de sortir de ma torpeur.
Je me lève d’un bond et sorts, sans prendre la peine de remettre mon peignoir. Je sens ses yeux brillants à nouveau sur moi, mais là encore, je ne perçois qu’une pointe de tendresse. Par contre, pour les deux abrutis de toute à l’heure, inutile de préciser qu’ils se rincèrent l’œil abondamment…
Je claque la porte du vestiaire et m’y adosse, presque essoufflé, mon cœur battant la chamade. Je ne comprends pas ce qu’il vient de m’arriver.
Une femme, en peignoir et qui s’apprête sans doute à entrer dans les bains, me sourit.
- Vous êtes toute rouge, ma jolie. La Louve habite votre cœur on dirait.
Je lui rends son sourire, encore troublé, en enroulant mes bras sur ma poitrine. Je la laisse ensuite passer et me rhabille. Quelques minutes plus tard, je sors et prends une grande bouffée d’air frais.
- Eh bien, belette, t’es toute rouge !
Arachis, perchée au-dessus de l’enseigne du thermes, saute à côté de moi, avec un sourire moqueur.
- Aurais-tu croisé le chemin d’un bel et grand baltringue bien mon…
- Tais-toi…
Modifier
Je prends alors la direction de l’Épée Brisée, d’un pas décidé, entendant ma sœur pouffer de rire derrière moi.
- Hé hé ! belette, tu veux que j’invoque la Louve Ardente pour régler tes peines de cœur ?
Elle explose d’un rire gras.
Encyclopédie des Savoirs Anciens : Les classes d?aventuriers
11/12/2015 14:49 par Lylhou
Il existe autant de métier et de type de combattant qu’il existe d’aventurier. Cependant, les guildes les ont très rapidement rangés dans des stéréotypes bien précis pour gérer leurs affaires. On dénombre principalement quatre classes d’aventuriers :
Les guerriers
Le guerrier peut être un soldat en armure, avec épée ou bouclier, un simple archer, un pugiliste, un gladiateur ou un duelliste. Ce terme regroupe en fait tous les combattants qui n’usent pas de magie élémentaire et qui se concentrent sur leurs capacités martiales brutes. Bien entendu, ils maitrisent tous la magie élémentaire de leur peuple, mais en étant très loin du niveau qu’un mage. Maitrise des armes, art de la guerre, discipline et rigueur : voilà les véritables forces des guerriers.
Les rôdeurs
Aussi appelé chasseur, le rôdeur est un aventurier qui a un profond lien avec la nature, que ce lien soit inné ou acquis. Les rôdeurs sont très souvent accompagnés par des aînés, mais ce n’est pas toujours le cas. Ce sont généralement de bons combattants, ou de bons archers, mais qui utilise plutôt de l’équipement léger pour se mouvoir rapidement. Ce sont également des experts en survie capable de vivre seuls dans les environnements hostiles de Ny’ar pendant plusieurs mois sans retourner dans la civilisation. Leurs capacités de pistage, de chasse et leurs connaissances font des rôdeurs des aventuriers très prisés pour les missions extérieures. On peut même dire qu’un groupe d’aventurier sans rôdeur qui se risque dans des terres sauvages est voué à une mort imminente.
Les mages
Les mages regroupent tous les aventuriers qui usent principalement de leurs capacités élémentaires pour combattre. Ils poussent généralement leurs connaissances et leurs maitrises de cet art à leur limite, et très souvent au détriment de leurs capacités martiales. Comme il existe quatre éléments, les mages sont donc classés en quatre sous-types :
Les mages de l’Eau, les prêtres, qui sont spécialisés dans le soin et le soutien de leurs camarades. Ce sont des combattants couramment médiocres qui sont très souvent escortés par des guerriers. Ce sont des personnes calmes, généreuses et attentionnées et les capacités curatives de l’Eau font d’eux de grands guérisseurs, très recherchés.
Les mages de la Terre, les druides, sont spécialisés dans la protection et la transmutation des matières. Ils ont également un lien très fort avec la nature, un peu comme les rôdeurs, et sont aussi parfois accompagnés d’aîné. Les druides vouent leur existence à la nature et à l’équilibre des forces. Ce sont des individus droits, déterminés et très souvent neutres sur le plan des émotions ou de leur rapport à la vie et à la mort.
Les mages du Feu, les paladins, sont quant à eux spécialisés dans l’offensive et le combat. Contrairement aux autres mages, qui mettent en retrait leur entrainement martial, les paladins s’entrainent sur ces deux voies. Ce sont généralement de très bon combattant, qui combine la puissance de leur magie du Feu à leurs attaques de corps à corps. Très redoutés en duel, les mages du Feu affichent un tempérament téméraire et audacieux.
Enfin, les mages de l’Air, les shamans, sont spécialisés dans le contrôle et la communication et la maitrise de cette magie leur offre un lien immuable avec les esprits. Le vent et la tempête sont leurs éléments de prédilection. Pouvant passer pour des individus distraits, les shamans sont en fait des personnes sereines et concentrées.
Le titre d’un mage n’indique que l’élément principal qu’il maitrise, mais il n’est pas rare de voir un mage maitriser deux éléments. Ainsi, il existe des paladins qui maitrisent la magie de l’Air ou qui connaissent quelques notions de magie de Terre ; comme il existe des Druides qui utilisent le Feu. Les mages sont cependant limités dans leurs maitrises élémentaires à leurs origines. Ils ne peuvent en effet aucunement manipuler les éléments opposés à ceux liés à leur race. Ainsi, un phénix ne peut maitrise l’Eau tout comme un goliath ne peut maitriser l’Air.
Les roublards
Dernier stéréotype des aventuriers, le roublard désigne les personnes habiles de leur main, discrètes et sournoises. Ils sont généralement spécialisés dans les travaux d’espionnage, de sabotage, d’assassinat ou de vol. Très présents dans les grandes cités phénix, ils ne sortent que très rarement des villes, car leurs compétences se limitent essentiellement à ce milieu.
Par sieur Daraiden, Maître du Savoir de Mass’Hillia
Chapitre VIII - Débriefing
11/12/2015 14:44 par Lylhou
Mon père a écouté le récit que je venais de lui faire avec un intérêt marqué et il ne me coupa jamais la parole, se contentant de hocher parfois la tête.
Après un silence plus ou moins long, il s’enfonce dans son fauteuil en soupirant.
- Tout ceci ne me dit rien qui vaille, commence-t-il en faisant rouler un cure-dent sur ses lèvres, comme à son habitude. Ce kork doit être éliminé au plus vite. Je vais être dans l’obligation d’en informer les Princes Marchands…
Il semble réfléchir un instant.
- Bon, c’est dommage, j’y suis allez la semaine dernière. Je vais devoir songer à prendre un abonnement, dit-il en riant et en se grattant la barbe.
Je souris en coin.
- Tu as eu rendez-vous avec les Princes ? Ils t’ont tiré les oreilles ?
- Non ! Non, il y a quelques semaines, ils m’ont confié une mission de chasse vers Lass’Arbora. Apparemment, les caravanes qui transitaient par là-bas étaient souvent victime d’attaque de ténébreux. J’ai donc dépêché les Trois Chasseurs, mais ils ne sont pas encore rentrés et les Princes attendent leurs retours avec impatience.
Je hoche la tête.
- Ils ne devraient pas tarder. Peu de ténébreux sont capables de leur tenir tête, dis-je en souriant.
Arachis plisse les yeux et fait la moue.
- À moi non plus, peu de ténébreux ne m’arrivent à la cheville.
Je souris, pose ma main sur sa tête et lui ébouriffe le crâne.
- Tu es jalouse, Poussinnette ?
- Pfff, je serai stupide d’être jalouse de baltringue.
- C’est pas dans ton habitude de sous-estimer tes compagnons.
Mon père se racle la gorge.
- Pardon, papa. Où en étions-nous ? Dis-je, innocemment.
- Nous en étions que je dois aller voir les Princes Marchands pour obtenir le droit de lancer une mission contre ce fichu kork.
J’arque un sourcil.
- Un kork reste un kork, quelle que soit la longueur de sa queue… Pas besoin de l’aval des Princes pour aller l’éliminer…
- Un kork qui rassemble une armée de cinq cents individus doit en avoir une belle de queue… Et donc ne dois surtout pas être pris à la légère…
Arachis hausse les épaules nonchalamment.
Mon père se lève et va, main dans le dos, vers la fenêtre de son bureau où il contemple un instant la ville qui s’étend à ses pieds. La Mère Soleil commence à disparaitre à l’horizon et, dans sa pâle lueur déclinante, ses derniers rayons de lumières lèchent les toits d’ardoises de la cité et plongent ses rues encore animées dans l’ombre.
Mon père est un homme bien, droit dans ses bottes et dans ses actes. Il avait fondé Aurore Éternelle suite au conflit avec la Guilde Maudite et il n’avait cessé depuis lors de tout faire pour qu’elle perdure dans le temps. Loin des ambitions commerciales des très grosses structures, Vindikaëll dirige sa guilde comme un père élève ses enfants. Aujourd’hui, les Aurores sont réputés dans tout le Mitan, et certains d’entre eux (dont mon père pour être franche) le sont même jusqu’aux portes de Mass’Hillia.
Vindikaëll se retourne, le visage grave. Il avait dépouillé son visage de père pour revêtir celui du Maître de la guilde.
- Je vais allez les voir maintenant. Reviens demain matin, ma puce.
Il s’arrête, me regarde et sourit tendrement.
- Navré de ne pouvoir partager un repas avec toi ce soir.
Je lui rends son sourire.
- Ne t’en fait pas, papa, on se verra demain. J’irai faire un coucou à Lysanna à la place.
Il hoche la tête et se dirige vers un portemanteau où il y décroche une lourde cape en peau qu’il met sur ses épaules.
- Je peux au moins t’accompagner jusqu’à la sortie.
Nous descendons alors les escaliers pour rejoindre la grande porte en silence. Le hall est vide. La plupart des Aurores sont rentrés chez eux ou mangent à la cantine à l’étage.
Une fois sur le seuil de la porte, alors que l’air frais du soir caresse mes joues, mon père m’embrasse sur le front.
- Fais attention à toi. Je t’aime.
Il se retourne et prend alors la direction du centre-ville, en remontant la rue.
Arachis sourit.
- Bon, je parie deux trônes d’or qu’il nous renvoie au fort avec une mission d’élimination. Je dirais même plus, il nous renvoie là-bas avec un guerrier et un guérisseur pour nous escorter.
- Tenu, même si d’expérience je sais que je vais encore perdre. Mais bon, comme tu n’as pas de trône et que je te paye jamais, c’est pas grave, riè-je en tirant la langue.
Encyclopédie des Savoirs Anciens : La Monnaie
11/12/2015 14:44 par Lylhou
Les pièces de monnaie restent rares dans Ny’ar. D'une manière générale, les habitants des petites bourgades ou de villages isolés ont plutôt recours au troc pour vivre. Un meunier, par exemple, prélève une quantité fixe de grain pour sa réserve personnelle avant de moudre celui qu'on lui a confié. Un boucher, quant à lui, demandera qu'on lui remette une portion d'un gibier avant de préparer la viande à consommer. Ce type de service permet aux habitants de palier à la rareté de l'argent en partageant les tâches. Bien sûr, l'argent est accepté en échange de tout service, comme nourrir un noble et sa suite, ou forger une arme, mais de telles transactions sont rares, trop exceptionnelles pour faire vivre une famille. Par contre, les aventuriers, eux, ont énormément recours à l’argent pour se faire payer ou pour acheter ce dont ils ont besoin.
Ainsi, même si le troc et quelques paroles solennellement prononcées suffisent à la plupart des échanges commerciaux de la grande majorité du peuple, rien de vaut quelques pièces sonnantes et trébuchantes pour faciliter ces derniers dans les grandes cités phénix de Ny’ar. En effet, dans ses villes grouillantes d’une multitude d’âmes, ce sont les pièces et les lingots métalliques qui forment la base du système commercial.
Le système économique phénix repose sur la valeur de l’or et de l’argent. Les autres métaux, y compris le platine et le cuivre, sont utilisés dans des régions ou des cités spécifiques, mais l’or et l’argent sont acceptés dans toutes les communautés marchandes et ce, quelle que soit la cité ou la race qui a estampillé les pièces.
Les pièces existent sous une multitude de formes, de tailles, d’estampilles, de poids et de métaux. Certaines cités les frappent elles-mêmes alors que d’autres se contentent d’utiliser les pièces qui rentrent sur leurs sols. Excepté dans quelques cas très particuliers où une pièce locale peut avoir une valeur artificiellement fixe et invariable, les pièces ont la valeur du métal dans laquelle elles sont faites (peu importe l’âge, la rareté ou l’estampille).
Il existe ainsi trois types de monnaies : les trônes en or, les disques d’argent et les terreaux de bronze. Les trônes d’or sont frappés sous la forme de lourdes pièces, finement gravés et brillants et on en trouve plus dans les coffres des nobles que dans les rues. Les disques d’argent, portant les figures des Princes Marchands des cités où elles sont produites, s’échangent en permanence dans les rues, passant entre les mains des commerçants comme des artisans. Les terreaux de bronze, eux, sont frappés à la va-vite. Ils ne sont pas beaucoup plus que des pièces de métal cabossé et, le plus souvent, sans la moindre inscription. Ricochant dans les écuelles des mendiants et échangé contre de la bière coupée à l’eau dans les bas-fonds, le terreau est la monnaie du miséreux.
Le taux de change des pièces correspond à :
1 Trône d’or = 20 Disques d’argent
1 Disque d’argent = 12 terreaux de bronze
Par sieur Daraiden, Maître du Savoir de Mass’Hillia
Chapitre VII - Le Fort Noir
11/12/2015 14:43 par Lylhou
- Il en a une sacrée longue…, soufflais-je en faisant allusion à la queue du grand kork devant moi.
Arachis se contenta de haussait les épaules.
Le grand kork, qui dépassait ses congénères de deux têtes, avait une large et longue queue lisse et terminée par une grosse mèche de poil noir.
Je plissais les yeux.
Chez les korks, leur queue démoniaque, qui était un vestige de leurs origines d’Outre-Monde, était également un signe de puissance. Alors si on se fiait à cette information, ce grand kork devait être sacrément balaize…
- On l’élimine ? Demandai-je à ma sœur, d’une voix assurée.
Elle sourit en coin.
- Ni pense même pas. Tu n’es pas prête pour affronter un tel adversaire. On va simplement faire ce pourquoi on en venu…
J’arquai un sourcil interrogatoire. C’était bien la première fois que ma sœur refusait un bon combat…
- Je ne suis pas prête ? Répétai-je alors, avec une pointe de moquerie.
- Non, tu n’es pas prête, répondit-elle, du tac au tac.
Je serais les dents en faisant la moue.
- Bien, si tu as peur, ce n’est pas grave. On va terminer notre infiltration puis on rentrera.
Ma sœur me foudroya du regard et s’apprêta à dire quelques choses. Mais, à ma grande surprise, j’eux l’impression qu’elle ravala sa fierté (ce qui était une première il me semble) et me suivit.
Nous étions aux abords du Fort Noir, un ancien donjon du puissant Empire Myrme d’antan. Aujourd’hui en ruine, il avait gardé la frontière entre l’Ouest et le Mitan durant des siècles et des siècles.
Ce fort était continuellement envahi par les korks, qui s’en servaient comme base d’opérations pour leur raid et leur pillage dans la Vallée du Guiers et La Sapine. En ce début d’été, mon père m’avait confié la mission de partir en reconnaissance pour voir s’ils étaient effectivement revenus après l’hiver. Ma mission s’arrêtait normalement là, mais en arrivant sur place, la veille, ma sœur et moi fûmes étonnés. Étonné de voir le nombre impressionnant de korks en garnison ici. En temps normal, ils étaient entre cinquante et cent individus, mais là, à première vue, et sans compter ceux qui se cachait à l’intérieur même de la forteresse, nous comptâmes environ quatre cents korks dans le fort, et plus d’une centaine supplémentaire répartis dans des camps de fortune à l’alentour.
Après plusieurs jours d’investigation, nous aperçûmes enfin le grand kork qui semblait être le chef… Nous trouvâmes également une immense forge qui tournait en permanence et fabriquait arme et armure pour une armée. Les korks étaient également accompagnés par de nombreuses sombres bêtes, loup des montagnes et scorpides essentiellement.
Nous nous rendîmes alors compte que les korks ne préparaient pas un raid, mais une guerre…
- Je crois que cette année, la mission de chasse des korks ressemblera plus à une bataille rangée… murmurai-je en fronçant les sourcils.
- Yep… Tout cela ne me dit rien qui vaille, bien que…
Le regard de ma compagne s’assombrit, semblant se plongeait dans de sombres pensées. Puis, un instant plus tard, il se ralluma de sa lueur carnassière habituelle.
- Rentrons. On doit prévenir ton père de ce qu’on a vu. Il semblerait que les Princes Marchands et les Guildes de Mass’Kiria auront du boulot cet été…
J’acquiesçai sans rien dire.
Nous disparûmes alors dans la forêt, sans bruit, passant parfois à quelques mètres seulement des sentinelles. Nous mîmes quelques kilomètres entre nous et le fort, puis nous fîmes le point.
- D’où peut bien sortir ce grand kork ? Demandai-je à voix haute, songeuse.
- Je sais pas, mais il va être un sacré problème…
- Il est rare que tu trouves qu’un adversaire soit un problème, ris-je.
- Ah ah, il n’est pas un problème pour moi, mais pour toi, belette.
- Tu m’en diras tant, Poussinnette. Tu veux me faire croire que tu aurais pu tous les tuer.
- Yep, et sans forcer en plus, dit-elle en s’asseyant sur ses pattes velues, en prenant son air supérieur.
- Pourquoi ne l’as-tu pas fait alors ?
- Pourquoi l’aurais-je fait ? Qu’ai-je à y gagner ? Je ne suis pas comme toi, je n’agis pas dans le soi-disant intérêt de ma guilde ou au profit de trônes. J’agis simplement pour te protéger et faire de toi une femme forte.
Je penchais la tête sur le côté, tentant de la comprendre.
- Parfois, tu es vraiment bizarre, ma sœur…
- C’est ce qui fait mon charme, sourit-elle à pleines dents.
Je hochais la tête, les yeux mi-clos.
- Je suis pas très convaincu... Je pense juste que ton égo est bien grand pour une simple tarenkas.
- Simple ?
- Le prend pas mal, ma sœur, mais je ne pense pas qu’en tant que tarenkas tu sois à même de combattre des centaines de korks, et de gérer leur chef avec.
- Tu voulais bien allait le défoncer, ce kork, non ?
Je souris.
- Oui, mais seul. Je n’aurais pas la prétention de dire que je serais capable de tuer des centaines de korks à moi toute seule.
Les yeux émeraude de ma sœur s’illuminèrent à nouveau d’une lueur brillante et affamée.
- Un jour… Un jour, tu en seras capable, crois-moi.
Sa voix me vit presque frémir, puis elle me fit son plus beau sourire avant de se retourner et de me sommer de la suivre.
- Allez, rentrons. Je te parie dix disques d’argents qu’on revient ici dans quelques semaines.
- Tenue.
Encyclopédie des Savoirs Anciens : Les Ondines, les femmes de la mer
11/12/2015 14:42 par Lylhou
Les ondines sont le peuple de l’Eau, composé exclusivement de femmes. Elles ont un grand cœur et sont passionnées, belles, indépendantes et curieuses.
Elles possèdent un lien très particulier avec l’eau et elles ne peuvent quitter très longtemps la proximité d’une rivière, d’un lacs ou d’une mer, sous peine de sombrer dans un profond chagrin. Cette malédiction fait qu’il est très rare de croiser des ondines hors de leurs communautés natales.
Les ondines sont fines, gracieuses et bien dessinées. Mesurant dans les 1,55 m, elles ne pèsent généralement pas plus de 50 kilos. Le teint de leur peau oscille entre le pâle et le bleuté, voire le violet ; leurs cheveux sont généralement noir, blanc ou gris ; et leurs yeux sont verts, bleus ou mauves et dotés de bonne capacité de nyctalopie. Elles possèdent des branchies au niveau du cou, qui leur permettent de respirer dans l’eau douce ou salée, mais elles ne sont visibles que lorsqu’elles les utilisent, si bien que la plupart des gens ignorent totalement ce détail physique.
Les ondines demeurent dans des villages côtiers ou fluviaux où elles vivent de la pèche et de l’agriculture marine (des algues ou des perles essentiellement). Bon nombre d’entre elles s’engagent également comme marin dans des équipages de navire ou même comme officier. Elles sont d’ailleurs très recherchées dans ses postes et bénéficient d’un très bon statut de par leurs connaissances et leurs liens profonds avec la mer. Rares sont les ondines qui ne finissent pas capitaines de leur propre vaisseau après quelques années de navigation.
Les ondines apprécient tous leurs semblables et sont appréciées par ces derniers, même si peu d’hommes acceptent de se lier à vie avec elles. En effet, comme les ondines ne mettent au monde que des filles, ils n’auront aucune chance de perpétrer leurs lignées, ce qui est très déroutant pour la plupart d’entre eux.
Par sieur Daraiden, Maître du Savoir de Mass’Hillia
