Encyclopédie des Savoirs Anciens : Les Phénix, les hommes du Feu
11/12/2015 14:42 par Lylhou
On dit souvent que le feu coule dans les veines des phénix. Mais l’on dit encore plus que c’est plutôt l’or qui y coule. Bien sûr, ils ne sont pas tous avides de richesse, mais leurs capacités de négociation ont fait que cette réputation leur colle aujourd’hui à la peau.
Les phénix sont des individus plutôt grand et musclé, au teint hâlé, dont les cheveux passent par toutes les nuances de châtain, du quasi-blond au presque noir, très souvent accompagné de reflet argenté ou cuivré et généralement coupés courts. La plupart d’entre eux ont les yeux de couleur rougeoyante, orange, cuivre ou jaune soleil, parfois vert ou, plus rarement encore, bleu. De par leur origine, les phénix sont très résistants à la chaleur, et aux feux en général, bien qu’ils ne soient pas totalement immunisés contre leurs dommages.
Capables de se couvrir d’un linceul de flammes lorsque la colère les gagne, les phénix sont des individus déterminés. Cette détermination est telle que certains d’entre eux peuvent renaitre de leurs cendres, comme le Prince Tyrian du Sud qui ressuscita par trois fois durant la Bataille des Sables.
Animés par une passion ardente, la plupart des phénix ont un charisme naturel et une aura imposante. Cette prestance leur permet d’être de très bon officier, commerçant ou diplomate.
Les phénix sont présents partout. Ils règnent d’une main de maitre sur le Mitan, et du Grand Désert au Glacier de Blanche. Hormis dans l’Ouest, les Phénix ont érigé une grande cité dans chaque région de Ny’ar : Mass’Suna dans le Sud, sur les berges du Lac Scintillant et à la frontière entre le Grand Désert et la Savane de Brokar ; Mass’Brida dans le Glacier de Blanche dans le Nord ; Mass’Kiria dans le Mitan Central, entre La Sapine et la Forêt de Broce-Liande ; Mass’Mara à l’extrême est du Mitan, dans le Marais de Camarkes ; et Mass’Hillia, la plus grande de toutes, dans le Golfe des Lions.
Toutes ses cités sont gouvernées par de grandes familles marchandes, de noble héritage généralement, et dont les pouvoirs sont passés de père en fils. Les rivalités entre ces cités sont nombreuses, mais il est rare que la guerre se déplace jusqu’à leurs portes, même si elle peut cependant se déplacer via de sombres guildes d’assassins ou d’accord commerciaux douteux.
Les phénix, quelle que soit leur région d’origine, se mêlent aisément avec toutes les autres races humaines et il est commun de dire que les phénix offrent le « meilleur second choix possible » en matière de couple, après un membre de sa propre espèce. Ils ne voient d’ailleurs aucun inconvénient à vivre avec des personnes du même sexe ou de race différente, et il n’est pas rare que, durant leurs existences, ils changent plusieurs fois de compagnon ou de compagne.
Par sieur Daraiden, Maître du Savoir de Mass’Hillia
Chapitre VI - Aurore Éternelle
11/12/2015 14:41 par Lylhou
Nous passons la grande porte qui est gardée par plusieurs soldats en armes qui saluent leur capitaine. Elle donne sur la Place du Marché, immense espace pavé où trône en son centre une fontaine. C’est la plus grande place de la ville, et elle est entourée par de nombreuses échoppes et auberges. Véritable plaque tournante du commerce de la cité, tout ce qui en sort ou y rentre passe par cette place et elle est toujours bondée, des premières lueurs du jour à ses derniers frémissements.
Nous remontons la rue principale, l’Allée de la Tour, qui mène à ma guilde. Aurore Éternelle avait élu domicile dans l’ancien donjon de la cité, qui était maintenant une simple et immense tour en pierre à l’armature carrée et au toit d’ardoises bleues, qui rayonnaient aux lueurs de la soleil. La rue est bordée, là aussi, de nombreux magasins : forgerons, armuriers, tanneurs ou encore cordonniers se partagent la foule qui allait et venait.
- Je vous laisse ici, Lylhou, je vais retourner à la porte et préparer mes rondes pour la nuit. Mon bonjour à Vindikaëll, votre père.
Je m’incline respectueusement et remercie le capitaine de m’avoir gentiment escorté.
Je m’arrête ensuite un instant devant les lourdes portes du donjon et souris. Cela faisait maintenant plus d’un mois et demi que je n’étais pas rentré, et c’est avec un frisson que je les pousse et les franchis.
Ma compagne araignée me suit nonchalamment, comme à son habitude.
Le hall de la guilde occupe tout le rez-de-chaussée. C’est une grande salle à l’architecture gothique, éclairée par de grands chandeliers pendus au plafond. À droite, un large escalier en pierre donne sur les étages, et au centre, des tables et des tabourets sont installés en arc de cercle autour d’un panneau de bois où sont affichées les diverses missions que propose la guilde aujourd’hui. Plusieurs Aurores discutent autour d’un verre, et lorsqu’ils me voient entrer, la plupart se lèvent et viennent à ma rencontre.
- Lylhou ! Ça fait un bail ! Commence Folk’en, un goliath imposant engoncé dans une armure de plaque qui semble, malgré sa carrure, trop grande pour lui.
- Bienvenu à la maison, ma belle, continue Neïaa, une phénix aux cheveux roux, avec un joli sourire.
Elle aussi portait d’une armure de plate brillante.
Arachis salue nos compagnons sans grande conviction puis monte sur le mur et m’attend au plafond. La sociabilité n’est pas son point fort comme vous pouvez le constater.
- Bonjour à tous, mes amis. Comme vous le voyez, Arachis et moi sommes bien rentrés, mais les nouvelles que nous ramenons, elles, ne le sont pas. Je m’en vais de ce pas faire mon rapport à mon père. On se voit plus tard.
Je prends alors la direction de l’escalier et monte la première volée de marche, qui s’arrête à la salle commune, devant les cuisines, d’où s’échappe déjà l’odeur, loin d’être désagréable, du repas du soir. Je franchis la volée suivante et m’enfonce dans le long couloir qui s’offre à moi. Les étages supérieurs sont réservés aux chambres du dortoir, pour les membres de la guilde qui n’ont pas (comme moi) de maison.
Arachis descend du plafond et me suit.
Au fond du couloir, que je parcoure d’un pas vif, m’attend le bureau du Maître de Guilde. Il y a également à ce niveau une bibliothèque, une salle de réunion pour les différents officiers et membres importants d’Aurore Éternelle et une grande salle des trophées. Ici aussi, je croise plusieurs camarades de guilde qui me saluent chaleureusement.
Les torches qui encadrent la porte du bureau de mon père vacillent à mon approche. Je me campe alors devant cette dernière et prends une longue inspiration avant de frapper.
- Entrez, résonne une voix de l’autre côté.
Je pousse le battant de la porte et me présente à mon père, dont j’ai naturellement reconnu la voix. Front large avec une barbe et des cheveux courts noirs grisonnants, yeux vert profond qui reflètent son vécu, ses années et ses combats, il porte une armure de plaque et un tabard aux couleurs d’Aurore Éternelle (la Mère Soleil naissante sur fond orange).
- Lylhou ! S’exclame-t-il en levant les yeux sur moi. Je commençais à me faire du souci.
Alors qu’il s’approche de moi, je ne peux retenir plus longtemps mon émotion et cours dans ses bras. Il m’attrape au vol et me fait tourner en riant à gorge déployée. Les couleurs de la pièce se brouillent et se fondent en une traînée de gris, d’orange et de bleu, le tout tournant autour du sourire de mon père et de l’étincelle dans ses yeux usé par le temps.
Hors d’haleine, il finit par me déposer par terre, sans pour autant me lâcher. Au contraire, il m’attire à lui et me serre dans ses bras avant même que je ne puisse reprendre ma respiration. Mes yeux commencent à s’embrumer.
- Tu m’as tellement manqué, ma puce.
- Moi aussi, papa. Je suis contente que tu ailles bien.
Arachis entre à son tour, le visage limite agacé par ce débordement d’émotion.
- Bonjour, Vindi, finit-elle par dire.
Ce dernier hoche la tête.
- Arachis, content que tu ailles bien toi aussi. Asseyez-vous. Je sais déjà que les nouvelles que vous m’apportez ne sont pas très bonnes, alors ne perdons pas de temps.
Elle sourit et s’exécute.
Mon père et ma sœur se sont toujours bien entendu, même s’il faut avouer que le retour en ville de ce dernier avec un bébé ondine et une tarenkas en avait surpris plus d’un.
Encyclopédie des Savoirs Anciens : Les Goliaths, les géants de la Terre
11/12/2015 14:39 par Lylhou
Les goliaths sont des humains imposants qui n'hésitent pas à se jeter de tout leur poids dans la mêlée. Connus pour leur audace, frisant la témérité, et transcendés par le défi, ces puissants hommes de la Terre sont de précieux alliés pour qui gagne leur confiance.
Le goliath moyen est tout simplement grand et puissant. Il mesure entre 2,10 m et 2,40 m et pèse entre 140 et 160 kg. À l’inverse des autres humains, il n’y a pas de différence notable de poids ou de taille entre les hommes et les femmes. Les goliaths ont une peau grise, marbrée de taches sombres et claires, et leurs crânes présentent des arcades sourcilières très prononcées avec une large mâchoire carrée. Les femmes goliaths ont une chevelure sombre, qu’elles portent longue et toujours tressée ou nattée, tandis que les hommes sont chauves, mais portent parfois la barbe. Leurs yeux, qui voient parfaitement dans le noir le plus complet, sont généralement sombres, gris, noirs, mais parfois bleus. Les goliaths aiment se parer de bijoux, notamment d’anneaux dans les oreilles, le nez ou les sourcils.
Il fut un temps, avant La Chute, où les goliaths régnaient sur des royaumes souterrains, aujourd’hui disparu. Maintenant, ils occupent principalement la Vallée du Guiers, le Glacier de Blanche et la Savane de Brokar. Au vu de leurs intrépidités et de leurs forces, nombre d’entre eux louent également leur service aux guildes des grandes cités phénix en tant que mercenaires, gardes du corps ou soldats.
Par sieur Daraiden, Maître du Savoir de Mass’Hillia
Chapitre V - La Cité de Pierre
11/12/2015 14:39 par Lylhou
Au détour d’un virage, nous apercevons enfin Mass’Kiria, la Cité de Pierre, construite au sommet d’une large colline qui trône au centre de la vallée. À mesure que nous approchons de la cité, les flux de chasseurs, de bûcherons et de paysans se font de plus en plus importants et la forêt se clairsème lentement pour laisser place à de grands champs cultivés. Sortant des entrailles de la colline, une rivière serpente et s’éloigne vers l’est, transportant avec elle nombre de petits bateaux de pêcheur et de péniches.
De grandes fermes de bois, palissadées de rondins et garnies de plusieurs tours de guet construites sur un socle de pierre, accueillent champs, vignes, pâtures et bétails. De nombreux chemins de terre s’enroulent autour des champs et relient chaque ferme et chaque bâtisse à la route et à la cité. Nous croisons plusieurs patrouilleurs en maraudes, qui nous saluent.
À un peu moins d’un kilomètre de la grande porte, un cavalier vient à notre rencontre.
- Lylhou, fille de Vindikaëll, quel plaisir de vous revoir enfin !
- Frek’thar, fils d’Akhe’thar, c’est un honneur que d’être accueilli par le capitaine des Patrouilleurs en cette fin d’après-midi.
Tout en lui répondant courtoisement, j’incline la tête.
Visage carré et chauve, peau grisée, yeux noirs encaissés sous d’énormes arcades sourcilières, le goliath, qui me dépasse de plusieurs têtes, pose pied-à-terre et me salue en posant son poing sur la poitrine, salut réglementaire de sa guilde. Son destrier, un raptor, harnaché d’une selle de guerre et de plusieurs fourreaux d’armes et de sacoches, incline lui aussi la tête.
Frek’thar est un goliath, un humain de la Terre, imposant et robuste et dont la carrure aurait fait pâlir de jalousie plus d’un kork. Son uniforme est celui des Patrouilleurs, les membres de la guilde du même nom qui veillent aux frontières de la cité, et qui s’occupent de sa sécurité, intérieure comme extérieure. Il porte un plastron de couleur bleu, frappé des emblèmes de la cité, avec des bracelets et une chemise de maille qui lui arrive aux genoux.
Tandis que nous commençons à discuter en marchant côte à côte, Arachis s’approche du reptile.
- Salutation, Noble Saurien.
- Maitresse Tarenkas, siffle ce dernier en hochant la tête. Quelles sont les nouvelles de l’Ouest ?
- Les nouvelles ne sont pas bonnes…
- En effet, la coupè-je. Le Fort Noir est à nouveau occupé par des korks.
- Ce n’est pas nouveau ça… répond nonchalamment le capitaine. Chaque été, les guildes les repoussent et, chaque hiver, ils reviennent.
- Ils sont plus nombreux cette fois. Beaucoup plus nombreux, rajoutè-je en fronçant les sourcils. Il semblerait qu’un chef soit sorti du rang. Un chef qui arrive à maintenir la cohésion. Un kork dangereux que l’on devrait abattre rapidement.
Je vois Frek’thar s’habiller d’un regard sombre. Je reprends :
- Aurore Éternelle m’a envoyé patrouiller là-bas. Je pense qu’elle lancera une mission d’exécution dès qu’elle aura de mes nouvelles.
- Bien, répond-il. Vos gars sont réputés ici, je suis sûr qu’ils s’en sortiront haut la main.
Je sens une pointe de déception dans sa voix.
Il y a quelques années, Frek’thar faisait lui aussi partie d’Aurore Éternelle. Mais suite à la Bataille de Mass’Kiria, dans lequel il avait perdu une personne très chère à son cœur, il avait repris les rênes des Patrouilleurs, qui avaient été totalement anéantis par la trahison de la Guilde Maudite. Dans son cœur, je savais qu’il était encore un Aurore. Il s’entendait d’ailleurs très bien avec mon père et, parfois, il participait encore à nos missions, en tant que renfort.
- Ce n’est malheureusement pas tout, finis-je par reprendre. Nous avons également croisé nombre de ténébreux. Quelque chose de plus sombre que les korks est à l’œuvre là-bas, et nous n’avons pas pu mettre la main dessus.
Le regard du goliath s’assombrit encore davantage. Savoir que les ténébreux sont de plus en plus nombreux ne lui dit rien qui vaille apparemment.
Les ténébreux sont des ainés (les créatures intelligentes comme Arachis, les liskanis ou encore le raptor qui sert de monture au capitaine) qui ont été corrompus par la haine et les ténèbres. Ce sont des créatures dangereuses, très souvent habillait de noir et dont les yeux sont aussi rougeoyant que l’éclat de Silik. De quoi faire frissonner plus d’un aventurier.
- Serait-ce le Ragnarok qui arrive ? demande le lézard, me sortant alors de mes sombres pensées. Les augures de nos peuples sont clairs là-dessus. Les Ténèbres se réveilleront un jour, lorsque Silik se lèvera...
- Ne dit pas de sottise, Argonas, le coupe sèchement Frek’thar. Ces prophéties ne sont que des contes à dormir debout.
- Parle pour toi. Nous autres, aînés, sommes bien plus versés dans les prophéties de notre monde que vous ne le serez jamais. Nos ancêtres étaient là pour combattre Silik et les Esprits des Ténèbres ! Vous n’êtes arrivé que bien plus tard sur nos terres, humains. Vous ne pouvez pas comprendre…
- Ne prend pas ton air arrogant avec moi, Argonas. Je connais moi aussi les légendes myrmes et tout le tintouin. Mais je ne crois pas à ces prophéties. Mon destin est dans mes mains, pas dans les tablettes des anciens ou les histoires des grand-mères.
- Prophétie ou pas, le coupè-je, il faudra renvoyer des hommes au fort et trouver la cause de tout ce chaos, avant que cette noirceur n’entreprenne de rassembler autre chose que des korks et des sombres bêtes…
Encyclopédie des Savoirs Anciens : Les guildes
11/12/2015 14:38 par Lylhou
Toutes les grandes cités de Ny’ar possèdent des guildes, de Mass’Brida, perdue dans le Glacier de Blanche ; à Mass’Hillia, métropole grouillante de vie. Il existe des guildes pour chaque type d’activité : guilde d’artisans, de commerçants, de gardes, de bâtisseurs, de navigateurs, de cultivateurs ou encore d’aventuriers. Elles sont régies par des lois, et sont, en partie, financées par les Princes Marchands de la cité qui les accueille.
Comme une cité qui comporte des guildes renommées attire plus de monde, et donc plus de richesse, les Princes Marchands se vendent et s’achètent les guildes pour accroitre leur réputation et leur valeur. On appelle cela des « migrations ». Lorsqu’une guilde est migrée vers une grande cité, sa renommée s’accroît de manière exponentielle, mais lorsqu’elle migre vers une cité de moindre importance, sa réputation diminue d’autant, ce qui réduit ses chances d’être candidate pour des missions à haut revenu. Ainsi, la concurrence entre les guildes de même nature est rude et, parfois, sans merci.
La plupart des guildes sont dirigées par un Maître de Guilde et un corps officier, plus ou moins grand en fonction de ses activités et du nombre de ses membres. Le Maître de Guilde rend des comptes aux Princes Marchands, mais il reste maître des objectifs ou des missions qu’il propose à ses membres. Ses résultats doivent cependant être à la hauteur des attendes, dans le risque d’être migré dans une cité de moindre importance.
Les finances des guildes proviennent en majeure partie des primes des missions qu’elles remplissent. Une partie de ces primes sont ensuite reversées aux Princes Marchands, une autre entre dans les caisses de la guilde et la dernière va aux membres qui ont accompli cette mission. Celui qui verse la prime est donc le commanditaire de la mission, et plus sa demande est importante, longue ou difficile, et plus le prix de la prime sera élevé.
Par sieur Daraiden, Maître du Savoir de Mass’Hillia
Chapitre IV - Les Marchands
11/12/2015 14:37 par Lylhou
L’on doit être vers le milieu de l’après-midi, lorsque nous rencontrons une caravane de marchands phénix que je ne peux m’empêcher d’accoster. Elle est composée de trois grands scarabées, qui font office de char, et d’une dizaine d’individus. Au vu de leur tabard, une guilde d’aventurier est en train d’escorter les marchands d’une guilde de commerçant. Visiblement, ces deux guildes sont étrangères à Mass’Kiria vu que leurs héraldiques me sont totalement inconnues.
- Belle journée, messires Marchands, saluè-je.
- Sama’la, ma Dame, répondit le premier d’entre eux en s’inclinant.
Trait basané, moustache courte et bien taillée, yeux rieurs, bague et anneau précieux aux doigts, le marchand phénix (la race humaine du Feu) qui vient de me saluer, au vu de son accent, est originaire de Mass’Suna, la Cité des Sables.
- Qu’avez-vous à proposer à une rôdeuse fatiguée ?
- Une rôdeuse ? répondit-il, étonné. Malheureusement, nos articles sont plutôt destinés aux nobles, aux dames et aux commerçants de métaux précieux.
- Montrez-moi toujours, vous savez que les femmes aiment ce qui brille.
J’accompagne ma phrase d’un sourire charmeur en remettant ma mèche orange derrière l’oreille.
L’homme claque des doigts et le premier des trois scarabées de sa caravane s’abaisse et se pose au sol. De là, l’homme ouvre les larges sacoches qui sont accrochées à sa carapace et il commence à me présenter ses articles.
- Eh bien, nous avons de nombreux bijoux, torques et bagues de très bonne qualité. Forgés par les séraphins de Hurle-Tempête ! rajoute-t-il, fier de sa marchandise.
- Les séraphins de Hurle-Tempête dites vous ? Voilà qui est intéressant.
Je me penche et regarde ses petites merveilles, les yeux pétillants, pendant qu’Arachis s’approche du scarabée.
- Pas trop dur le commerce, Caravanier ?
Le scarabée la regarde avec ses petits yeux ronds et noirs, en agitant ses longues antennes lamelliformes (antennes aplaties en forme de lamelle).
- Non, Dame Tarenkas, je peux porter beaucoup plus que cela. Les grigris de ces marchands ne me gênent gère, au contraire. Et entre nous, je préfère cela à la mine ou à l’armée. Ici, on est bien traité, bien nourri et on voyage beaucoup, que demander de plus, finit-il en souriant avec ses mandibules titanesques.
Ces scarabées sont des liskanis, des scarabées cuirassés à la force herculéenne qui louent leurs services comme bête de somme. Ils ont une paire de mandibules en forme de faux gigantesques, ce qui les rend impressionnants tout en les transformant en véritable char de guerre. Leur carapace noire aux reflets bleutés les protège de la plupart de leurs adversaires, et même ma sœur tarenkas ne pourrait rien tenter contre eux.
- Silik était seule ce soir, reprend l’araignée géante.
- Oui, nous avons vu. Nous avons même hésité à prendre la route ce matin. Mais comme les marchandises sont précieuses, on ne pouvait pas se permettre d’attendre. De plus, nous avons encore quelques jours de marches avant d’atteindre La Sapine. Ici, que Silik soit seule ou non, nous ne risquons rien.
- C’est bien vrai, hormis les brigands qui rôdent, il y a bien peu de danger ici, sourit Arachis.
Je l’appelle :
- J’ai terminé !
Elle me répond en grognant, puis elle salue son acolyte liskanis :
- Ravis d’avoir fait ta connaissance, bon voyage Caravanier.
- Bon voyage à toi aussi, Maitresse Tarenkas. Que Quetzal veille sur ta route.
Je laisse la caravane repartir en montrant à ma sœur, toute souriante, mon acquisition. Il s’agit d’une chaine en argent, finement ouvragée et marquée de la rune des artisans de Hurle-Tempête, preuve de son authenticité. Cependant, au lieu de la porter autour du cou, je l’ai enroulé à mon poignet, comme un simple bracelet. Les artifices au cou sont dangereux au combat : ils offrent de nombreuses prises à vos adversaires.
- Et t’as acheté ça combien ? Demande l’araignée en ouvrant en grand ses huit yeux verts brillants.
Je hausse les épaules.
- On va juste dire que j’ai dépensé une bonne partie du butin des séraphins de tout à l’heure, souris-je en tirant la langue, impertinente. Allez, en route, il serait bon d’arriver tôt, histoire de profiter du bain.
Encyclopédie des Savoirs Anciens : Les Séraphins, les hommes oiseaux
11/12/2015 14:36 par Lylhou
Les séraphins constituent sans le moindre doute la race humaine la plus à l'écart de Ny’ar. De par leur nature et leurs caractères, ils sont peu appréciés et vivent souvent isolés des autres communautés.
Ce qui frappe le plus dans l’aspect des séraphins reste leurs ailes aux plumes légères, d’une envergure allant de 3,20 m à 4,50 m. Ils en tirent une grande fierté et passent de longues heures à les soigner. Leur couleur peut varier du blanc au gris ou du brun au noir, parfois moucheté ou rayé, et elle est principalement liée à leur humeur ou à leur caractère. Elle peut changer, de manière permanente ou temporaire, au cours de leur existence, en fonction de leurs émotions. Les séraphins aux ailes d’argent sont des individus au bon fond, joyeux ou qui tendent à aider leurs prochains ; tandis que ceux aux ailes noires sont des individus colériques, hargneux ou tout simplement mauvais.
La peau des séraphins est pâle, souvent d'un blanc de porcelaine, avec des reflets légèrement nacrés. Leur chevelure est la plupart du temps noire ou blanche argentée, même si d'autres colorations existent, telle que le blond ou le brun. Homme ou femme, ils ont généralement les cheveux longs, soigneusement attachés ou tressés. Leurs yeux présentent des variations éclatantes de vert ou de bleu et rappels le regard perçant des aigles ou des grands oiseaux de proie. Les séraphins mesurent en moyenne 1,80 m et sont dotés de membres fins et gracieux et d’un visage aux traits anguleux. Ils demeurent la plus splendide et la plus remarquable des races, même si, trop souvent, cette beauté est gâchée par la condescendance et la morgue qu'ils manifestent à l'égard de leurs cousins terrestres. Ils ont en effet toujours regardé ceux qui ne peuvent voler comme des sujets d'apitoiement (dans le meilleur des cas) ou de dérision (le plus souvent). Les séraphins sont des individus intelligents et créatifs. Ils aiment enfanter des œuvres d'art pour le simple bonheur de créer, que ces œuvres soient des poèmes, des œuvres littéraires ou théâtrales, des sculptures ou des peintures.
Les cités séraphines sont situées dans les Confins, au sud de Ny’ar. Ce sont de magnifiques cités de verre et de pierre aux tours élancées et construites sur les îlots volants qui parsèment la région et survolent les Mers du Sud. Hors de leurs territoires, on retrouve beaucoup de séraphins aventuriers qui mettent à profit leur capacité de vol pour faire d’eux des éclaireurs, des rôdeurs et des francs-tireurs exceptionnels.
Les séraphins ont une espérance de vie d’environ 160 ans.
Par sieur Daraiden, Maître du Savoir de Mass’Hillia
Chapitre III - Les bandits
11/12/2015 14:36 par Lylhou
Lentement, la soleil s’éveille. S’étirant dans le ciel, elle répand ses écailles d’or qui se mêlent à la brume matinale. J’ouvre un œil, puis deux. Arachis devait déjà être debout, elle n’était plus sur la branche face à moi.
Je récupère mes affaires et descends de l’arbre. Je mange ensuite comme petit déjeuner les restes de mon dernier sni’k, un biscuit au miel (aussi appelé pain des voyageurs).
Arachis arrive à mes côtés et me salue d’un « bonjour » sans grande conviction. Je savais qu’elle allait être irascible aujourd’hui. On allait arriver en ville et elle détestait la ville tout autant que moi.
- Allez, en route Poussinnette.
La tarenkas se dresse sur ses pattes, les yeux furieux et les chélicères menaçants. Un large sourire aux lèvres, je penche la tête sur le côté et regarde mon amie s’énerver.
- Ne m’appelle pas comme ça ! siffle-t-elle. Je déteste ça !
- Je sais. Mais tu sais aussi que j’aime bien te charrier, ma sœur.
- Pour la peine, tu marcheras toute seule ce matin !
L’araignée géante bondit vers la forêt et saute dans les arbres. Quel caractère…
Nous sommes dans une vaste forêt de bouleaux épais, aux troncs blancs et aux larges branches solides qui forment une grande canopée verdoyante au-dessus de ma tête. Parfois, le silence de la forêt est troublé par quelques branches cassées ou par un vol d’oiseaux, apeuré de croiser le chemin d’une tarenkas. La matinée est belle, pas de nuage noir à l’horizon, et la Mère Soleil chauffe l’air tandis qu’une très légère brise caresse ma peau alors que j’enchaine les kilomètres à bon rythme. Bientôt, j’oubliais totalement que Silik fut seule cette nuit.
J’arrive enfin à la lisière de la forêt, qui donne sur le Chemin Vert, la route marchande qui relie Mass’Kiria, la grande Cité de Pierre du Mitan Central, ma destination, aux autres métropoles phénix que sont Mass’Hillia, Mass’Suna et Mass’Mara. La route est pavée et de nombreux marchands la parcourent de jour. Tous les trente kilomètres environ, une aubergeresse est érigée sur ses bords. Ces grandes bâtisses accueillent, durant la nuit, voyageurs et commerçants et leur offrent un abri sûr contre les prédateurs nocturnes, très nombreux et très dangereux, les pillards korks, eux aussi de plus en plus nombreux, ou les simples bandits de grand chemin.
Arrivée sur la chaussée, Arachis revient nonchalamment à côté de moi.
- Tu as fini de bouder ?
- Yep…
Vers midi, nous nous autorisons une pause, au niveau d’une grande pierre plate. La tarenkas jeune, n’ayant besoin de manger à nouveau que d’ici trois ou quatre jours, et elle profite de la pause pour prendre un bain de soleil. Elle s’étale sur le dos, les pattes totalement écartées, laissant son ventre velu et frémissant profiter de la chaleur de midi. Pendant ce temps, je grignote les restes froids de mon lapin de la veille.
Lorsque j’ai fini, je nettoie ma boîte et la range soigneusement dans ma besace. Cette petite boîte hermétique, fermée par un couvercle de bois cerclé d’un lien métallique, me permettait de conserver ma nourriture quelques jours, tout en me protégeant de son odeur. Se balader avec l’odeur d’un lapin frais n’était pas la meilleure idée qui soit dans les bois, à moins de vouloir attirer tous les charognards du secteur.
Alors que nous nous apprêtons à partir, Arachis se fige soudain sur place, en alerte. Les yeux plissés, je porte instinctivement les mains à mes armes.
Au bout de la route, à une trentaine de mètres, se dresse cinq silhouettes humaines drapées dans des armures de cuir sombres et ornées de splendides ailes aux plumes aussi noires que le jais.
Des séraphins…
Au milieu du groupe, un homme plus imposant que les autres prend la parole.
- Par Dra’Kin, qui voilà donc ? Une rôdeuse épeurée et sa camarade araignée, seule, sur la route.
- Qui êtes-vous ? Demandè-je en allant lentement poser mes doigts sur une des flèches de mon carquois, pendu à ma taille.
Arachis s’est déjà plaquée au sol. Elle n’entend qu’un signe pour bondir.
- Je suis Garmon, l’Écorcheur Ailé. Et je vais écorcher ton cadavre et celui de ta vermine d’amie.
Il sourit et ses hommes lâchent un rire gras. Visage imberbe et fin, comme tous ceux de sa race, nez aquilin, membres élancés et puissants, yeux vifs aussi perçants que les grands aigles, mais aussi sombres que les horreurs de l’Outre-Monde, Garmon se fend d’un sourire carnassier et lèche la lame de son épée en guise de provocation.
- Et bien, Écorcheur Ailé, tu as besoin de tant d’hommes pour vaincre une femme seule ?
L’araignée géante s’ébroue.
- J’compte pour walou moi ?
Je souris.
- Je te laisse t’occuper des larbins.
- Tkt, je gère.
Aussitôt sa phrase terminée, l’araignée bondit. Elle n’a à faire que trois bonds pour fondre sur le premier voleur, qui mourut les armes encore au fourreau, transpercé par ses chélicères massifs. Un instant plus tard, un second séraphin se retrouve les pieds enlisés dans un jet de soie collante et, dans un regard totalement paniqué, tente vainement de décoller.
Alors que ma sœur commence son attaque, je décoche une flèche qui se fige dans la poitrine d’un troisième larron. Garmon en été la cible, mais ce dernier avait tiré un de ses hommes pour se protéger. Il disparaît ensuite dans un grand battement d’ailes.
Pointant mon arc sur le séraphin, je jure en mon for intérieur. Je n’aime pas ces fichus humains volants…
Alors que ma visée est sure, je décoche à nouveau. Ma flèche aurait dû le transpercer de part en part, mais elle traverse, en lieu et place de mon adversaire, un petit nuage électrique.
- Un transfert ? Voilà qui est intéressant, marmonnè-je en plissant les yeux.
Je dégaine immédiatement mon épée et attends que mon adversaire refasse surface. Les sorts de transfert, de la magie élémentaire de l’Air, permettent à leur utilisateur de se téléporter sur de courtes distances. L’Écorcheur Ailé allait donc sans doute surgir devant moi dans quelques instants.
Au bout de la route, je vois d’un œil Arachis sauter sur le dernier voleur qui vient de décoller. Elle bondit, l’attrape en vol et le fait chuter. Même à cette distance, j’entends le bruit effroyable des os du séraphin se briser sous son poids.
- Pff, trop facile… Ras[1] pour les trashs[2] ! Crie-t-elle à plein poumon en se retournant vers moi.
L’air qui m’entoure se fit soudain plus pesant et un petit éclair brille devant mes yeux. Un instant plus tard, une longue lame acérée se stoppe à quelques centimètres de ma gorge. Comme je m’y attendais, j’ai pu parer le coup.
- Je dois admettre que tu es douée pour une rôdeuse, me flatte le séraphin noir qui vient d’apparaitre devant moi. Rares sont les personnes qui survivent à cette attaque.
L’homme attaque à nouveau, et j’esquive et pare chacun de ses coups, avec une facilité déconcertante.
- Je dois admettre que tu es mauvais pour un voleur, séraphin, ricanè-je, le sourire aux lèvres et les yeux rieurs. Rares sont les personnes qui ne parviennent pas à me toucher en une dizaine d’attaques.
L’homme recule d’un pas. Il semble déstabilisé. D’un rapide coup d’œil, il voit que ses hommes sont déjà tous morts et que l’araignée le regarde sans avoir l’intention apparente de bouger. Il dégaine alors une dague, à la lame légèrement courbée.
- Bien. Que les choses sérieuses commencent, enchaine-t-il en attaquant à nouveau.
Je pare l’attaque, une nouvelle fois sans difficulté. Cependant, alors que j’attends une ouverture pour frapper, je n’entends que trop tard mon adversaire murmurer son incantation : « Magie des Ténèbres : Lame de l’Ombre ».
Aussitôt après, une cuisante douleur me laboure l’épaule.
- Et ça ? Tu sais le parer ? Glousse Garmon en retirant la lame de ma chair et en me faisant arracher un cri de douleur et de surprise.
Je recule d’un pas. Une fois encore, j’ai été trop sûr de moi… La lame de l’ombre avait traversé le fer de mon épée et mon gilet de cuir comme s’ils n’existaient pas. Voilà qui va compliquer les choses.
- Quel triste individu es-tu pour utiliser cette magie interdite, soufflè-je. Soit mille fois maudit, séraphin. Soit la honte de ton peuple majestueux !
L’homme se redresse de toute sa hauteur, me toisant du regard, et me pointe avec la lame noire et ombreuse de sa dague.
- Ne parle pas de ce que tu ne connais pas, ondine ! Seuls les plus forts et les plus malins survivent de par chez nous. Et je suis l’un des plus forts et des plus malins !
Il se met en position et frappe de toutes ses forces vers mon buste. Je lis dans son regard implacable la certitude de porter le coup fatal. Je me campe alors fermement sur mes jambes, prête à bondir.
La lame du voleur se brise sur un mur de pierre.
La terre et les pierres venaient de sortir du sol, érigeant une barrière entre moi et mon adversaire, ce qui stoppa net sa dague.
- Quoi ?
Le séraphin risque qu’un regard en arrière. Il voit alors Arachis lui faire « coucou » avec ses pédipalpes tandis qu’un large sourire carnassier lui illuminait le visage. Il comprend, non sans horreur que l’araignée venait d’invoquer le mur de pierre devant lui.
- Chouffe au-dessus d’ta tronche, baltringue, lui hèle-t-elle.
Il lève les yeux.
Le coup le fait rouler au sol.
Ses réflexes lui avaient sauvé la vie, pour l’instant, mais la lame de son épée, qui venait de parer la mienne, imprime sur sa joue une longue estafilade, preuve de la puissance de mon attaque.
- Maintenant que la surprise de ta magie interdite est terminée, crachè-je, je vais moi aussi passer aux choses sérieuses. Magie élémentaire du Feu : Lame flamboyante.
Mon cimeterre s’enflamme et aussitôt, je me jette sur mon adversaire. Ce dernier, déconcerté, pare les attaques violentes qui le frappent de toute part et perd rapidement du terrain face à moi. Bientôt, je l’ai acculé contre un arbre, à la lisière de la forêt. Il grogne.
- Je suis Garmon, fils de Gallord. Je ne faillirais pas face à toi !
- Cause toujours, grimacè-je de douleur.
J’arme ma prochaine attaque. Le voleur prend appui sur le tronc et se jette sur le côté, planant de ses ailes sur une dizaine de mètres. Puis, se retournant d’un bond, il dégaine un poignard et s’apprête à le lancer dans ma poitrine.
- Magie des Ténèbres : Pointe de…
Une flèche se plante dans sa gorge et coupe cours à son incantation.
- Com… Comment ?!? Gargouille-t-il.
Je le méprise du regard, alors que je garde la pose, profitant de ma victoire. Rictus vorace aux lèvres avec un regard de prédateur brillant, je le pointe toujours avec mon arc. Le voleur s’aperçoit, tandis que sa vision s’embrume, que je n’ai même pas pris la peine de rengainer ou de jeter mon épée. Elle pend juste par sa dragonne à mon poignet. Oui, je suis aussi une très bonne archère, même blessée…
- Pour ton malheur, je suis Lylhou, fille de Vindikaëll. Passe le bonjour aux raclures de ton espèce dans l’Outre-Monde, écorcheur de pacotille.
À l’entente de mon nom, son regard s’assombrit, tandis qu’il bascule au sol et s’écroule lourdement. On dirait que ce sale voleur n’avait pas bien choisi sa cible aujourd’hui…
Je m’accroupis ensuite et émets un grognement de douleur. La lame de sa fichue attaque d’ombre m’a transpercé l’épaule, presque de part en part.
- J’t’ai senti plutôt uz’less[3] dans c’combat, belette. T’as du bol que j’ai fini les trashs à temps pour te sauver le derche, commence l’araignée en arrivant à mon niveau.
Je serre les dents.
- Tu permets que je récupère avant de me tailler…
J’ôte mon gilet de cuir et relève la manche de ma tunique.
- Non, non, quand tu siux[4], j’te taille, c’est normal. T’as voulu, encore une fois, jouer la maline et t’occuper du boss. Assumes-en les conséquences.
- Des fois, je me demande pourquoi on est lié, pestè-je.
Maintenant que la fureur du combat était tombée, la douleur me cisaille littéralement le bras. Je dois même m’agenouiller.
- Magie élémentaire de l’Eau : Onde de Guérison.
Je pose ma main sur mon épaule et me concentre, fermant les yeux et levant la tête au ciel.
Pour que la magie élémentaire fonctionne, les mages doivent visualiser leurs pouvoirs. Certains sont très simples, d’autres, beaucoup plus complexes. Ainsi, ériger un mur de pierre comme l’a fait Arachis, ou enflammer une arme ne demande qu’un instant. Mais soigner une blessure ou la fatigue demande beaucoup plus que visionner une simple image dans sa tête.
Ainsi, à ce moment précis, je tente de me calmer et de ralentir les battements de mon cœur. Je m’imagine ensuite me trempant les pieds dans une rivière paisible et fraiche. Alors que je sens le courant revigorant de l’eau caresser ma peau et laver la blessure, la douleur diminue peu à peu jusqu’à n’être qu’un simple souvenir.
Je rouvre les yeux. Je suis soulagé. Les blessures de l’Ombre sont très douloureuses, mais n’ont presque aucune séquelle sur le corps, car elles ne font ni plaie, ni fracture. Cependant, la douleur qu’elles infligent est dix fois plus intense (sans exagération, je vous jure) qu’une blessure normale.
- Oui, une fois de plus, je te dois la vie, ma sœur, soufflè-je en me pinçant les lèvres et en remettant ma tunique.
- Allez go’lout[5] ! s’exclame l’araignée en s’approchant du premier cadavre de voleur, ignorant totalement mes propos.
Comme tout voleur qui se respecte, les séraphins portent toute une ribambelle de couteaux et de dagues de toutes tailles et de toutes formes. Certains d’entre eux trimbalent en plus des épées ou des haches de qualité moyenne, mais elles ne valent pas grand-chose. Leurs escarcelles sont cependant bien pleines et je me fais une joie de récupérer tous ses trônes et de les mettre dans ma bourse. À côté de cela, je récupère une paire de mitaines en cuir de très bonne facture. Les séraphins étant de constitution plutôt mince, elles me vont parfaitement.
J’aurai pensé que Garmon posséderait plus d’objets de valeur que cela, mais hormis un collier en toc, il n’a rien. Sans doute que le reste de ses affaires sont dans une cachette, car lui et ses hommes n’ont aucune vivre ni sac quelconque pour passer la nuit ou manger. Retrouver la cachette des séraphins étant peine perdue, sans doute flanqué au sommet d’un arbre, nous ne nous attardons donc pas plus. Les prédateurs et les charognards auront vite fait de débarrasser la chaussée des corps sans vie de ces voleurs à plumes.
[1] Ras : abréviation d’Arachis pour ryn ash signa « rien à signaler », en myrme, dans le sens « tout est bon », « pas de problème » ou encore « j’ai terminé [une action] ».
[2] Trashs : « larbin », « hommes de mains », « larrons », en myrmes.
[3] Uz’less : « inutile », en myrmes.
[4] Siux : « être mauvais », « ne pas être à la hauteur », en myrmes.
[5] Go’lout : « ramasser un butin », en myrmes. Cette expression fait référence aux louts, des punaises domestiqué qui été traites par les myrmes pour leur lait. Aujourd’hui, les ainés emploient cette expression dans le sens de ramasser un trésor ou un bien précieux car, pour les myrmes, le lait des louts était une de leur plus grande richesse.
Encyclopédie des Savoirs Anciens : Silik et Séléni, les Lunes Jumelles
11/12/2015 14:33 par Lylhou
Selon les légendes myrmes, Silik et Séléni sont les filles de la Mère Soleil. À l’aube de la création de l’univers, elles se seraient disputées pour savoir qui des deux sœurs étaient la plus belle et la plus désirable aux yeux de Tain, le Père de Toutes Choses. Séléni, toute de blanche vêtue et d’un naturel timide et réservé, fut totalement éclipsée par sa sœur, belle, séduisante et vêtue d’une robe rouge carmin qui l’irradiait d’un halo flamboyant.
Finalement, Silik la Rouge parvint à séduire Tain et, ce jour-là, Séléni la Blanche se mit à pleurer.
Plusieurs siècles plus tard, alors que Silik n’eût toujours pas enfanté de descendance à Tain, ce dernier se détourna d’elle. Alors qu’il partait pour son royaume, au-delà du Cosmos, il tomba sur Séléni qui pleurait. Attendri par la jeune déesse de la lune, il la consola et lui demanda ce qui l’accablait de tant de chagrin. Elle n’eut pas le temps d’ouvrir la bouche que le Père de Toutes Choses croisa son regard doux et tendre. Il tomba fou amoureux de la déesse et le lendemain, leur fils, Ny’ar, naquit.
Silik était folle de rage. Non seulement elle avait été incapable d’offrir à Tain un fils, mais en plus il l’avait délaissé pour sa blanche sœur. Dans sa haine grandissante, elle fomenta un plan diabolique pour la punir et se venger. À la fin de l’Ère Sauvage, durant le quatrième millénaire du calendrier myrme, elle corrompit quatre des huit Esprits Primordiaux et tenta de supprimer sa sœur. Malheureusement pour elle, Tain intervint et sauva Séléni de sa triste destinée. Après sa défaite, Silik fut condamnée par le Père de Toutes Choses à vivre dans l’ombre de sa sœur jusqu’à la fin des temps.
Depuis lors, la Rouge peste et rage contre son destin funeste. Elle brûle de désir de prendre sa revanche et de terrasser sa sœur, les Esprits Primordiaux qui l’ont aidé et même Tain en personne. Cette haine la ronge et son cœur est aujourd’hui aussi noir que les ténèbres. Lorsque, parfois, elle parvient à se lever seule sur la nuit en éclipsant Séléni, tous les peuples de Ny’ar se mettent à trembler. Ces nuits sont souvent le théâtre de tristes évènements ou de catastrophes. Il est dit, que lorsque la jumelle maléfique parviendrait à se lever seule durant trois nuits consécutives, la fin du monde serait proche et les Esprits des Ténèbres, les Esprits Primordiaux corrompus par Silik et enfermés dans l’Outre-Monde, sortiraient de leur prison et anéantiraient tous les êtres vivants de Ny’ar. Ce jour funeste est appelé le Réveil des Ténèbres, ou « Ragnarok ».
Aujourd’hui encore, la légende des Lunes Jumelles alimente bon nombre de contes pour enfants et de superstitions.
Par sieur Daraiden, Maître du Savoir de Mass’Hillia
Chapitre II - Lylhou
11/12/2015 14:32 par Lylhou
J’arrive au pied de l’arbre. Je pose ma besace et l’observe sur toute sa hauteur. Il est grand et trône au centre de la clairière, tel le dernier survivant d’un grand champ de bataille. L’arbre est vieux, son écorce blanchâtre est abimée par les années et ses branches épaisses montent haut dans le ciel. Sa ramure offre une bonne protection, aussi bien à la vue des prédateurs qu’à leur odorat, grâce aux odeurs qu’elle dégage.
Je pose ma main sur son écorce et attends un instant l’accord du feuillu. Un léger bruissement me murmure alors qu’il m’accepte.
Je souris. L’endroit est parfait pour une bonne nuit de sommeil. Mais si l’arbre ne m’avait pas admis, l’endroit se serait sans doute transformé en cauchemar, voire même, en tombeau. Les arbres ont beaucoup de caractère (surtout les vieux, mais cela, il ne faut pas leur dire) et monter dans leurs branches sans leurs autorisations frise l’inconscience.
Je passe les dix minutes qui suivent à préparer un petit feu de camp que j’allume d’un claquement de doigts. Je mets ensuite à cuire à la broche un lapin noir que j’avais chassé plus tôt dans la journée, puis je m’assois contre le tronc en soupirant d’aise.
Je vais profiter de cet instant de repos pour me présenter. En effet, une femme de la Mer qui utilise la magie du Feu et qui parle aux arbres nécessite sans doute quelques explications.
Je m’appelle donc Lylhou, mais ça, vous l’aviez déjà deviné. Je suis une ondine, une humaine affiliée à l’élément de l’Eau. Mon peuple, exclusivement composé de femmes, est réputé dans tout Ny’ar pour sa beauté, mais mes conditions de vie en tant que rôdeuses mettent à mal cette réputation. Bon, ma sœur serait là, elle vous dirait que je me la « pète », mais bon, difficile de suivre les aventures d’une personne sans savoir à quoi elle ressemble, pas vrai ? Je vais donc me décrire. Notez bien, car je ne le répèterai pas.
J’ai la peau lisse, nacrée et légèrement bleutée, de grands yeux mauves avec un visage fin, mais très souvent couvert de crasse et de sueur. Mes cheveux noirs, coupés aux épaules, sont coiffés d’un bandana bleu foncé, et j’ai une mèche orange sur le côté droit du visage.
Mon père se nomme Vindikaëll, un phénix paladin qui dirige la guilde Aurore Éternelle, dont je fais moi-même partie. En tant que phénix, les humains du Feu, vous comprenez qu’il ne s’agit pas de mon père biologique, mais adoptif. Ma mère ayant disparu dès mon plus jeune âge, je n’ai aucun souvenir d’elle. Vindikaëll m’a trouvé dans les Collines Bleues, alors que je n’avais que quelques mois, langé dans une carapace de tortue, avec ma sœur. Il m’a alors recueilli et élevé comme si j’étais sa propre fille et j’ai donc grandi avec lui au sein de sa guilde. Ensuite, je suis devenue une rôdeuse. Sous ce nom barbare se cache en fait une personne qui aime voyager et explorer des contrées éloignées, plutôt habiles à l’arc et au combat en général, et qui possède une grande affinité avec la nature, les plantes et les animaux ; ce qui explique que je peux parfois parler aux arbres (oui, seulement parfois, car ils ne sont pas tous très bavards). Je travaille donc pour le compte d’Aurore Éternelle et je m’occupe de diverses missions d’exploration, de chasse au trésor ou de reconnaissance.
Voilà, je pense que vous savez à présent le nécessaire pour poursuivre mes aventures à mes côtés.
Alors que mon regard se perd dans les braises de mon petit feu et que je tourne machinalement la broche de mon repas, j’entends un bruit au-dessus de moi.
- Tu es à la bourre, Arachis, dis-je dans un souffle en levant les yeux.
Huit gros yeux brillants et verts me regardent. L’araignée géante saute au sol et se dresse sur ses pattes, montrant les crocs.
- Reste tranquille, tu as des korks à téter là-bas. Laisse-moi mon lapin, continuè-je en désignant les cadavres d’un mouvement de la tête. Et dépêche-toi, ils doivent être encore chauds.
Un grognement résonne et l’araignée tourne les talons. Elle se jette d’un bond souple et silencieux sur un des deux cadavres puis y plante ses chélicères massifs.
- Je ne sais pas comment tu fais pour manger ça… Soupirè-je en secouant lentement la tête. Ça me donne envie de vomir rien que d’y penser.
- Laisse-moi les korks, et j’te laisse tes lapins et tes légumes… Claque sèchement une voix sifflante, entrecoupée de gargouillis et de bruit de déglutition.
Je souris, prends un long couteau à lame dentelé glissé dans mon gilet de cuir vert sombre, et commence à manger.
Je vous présente donc Arachis, ma sœur. Je vois d’ici vos yeux s’écarquiller. Oui, ma sœur est une tarenkas, une araignée géante des Jungles d’Azamie. Elle m’a toujours accompagné, d’aussi loin que ma mémoire s’en souvienne. Elle était déjà à mes côtés lorsque mon père m’a trouvé. Nous sommes liés par un pacte, un genre de lien de sang qui nous unit jusqu’à la mort. Enfin du moins, ça, c’est ce qu’elle prétend.
- Tu aurais pu m’aider contre les korks quand même, baragouinè-je, la bouche pleine. Le plus grand des deux a failli m’avoir…
- Tu le dis toi-même, « failli » : alors np[1]. Ils auraient été dix-six ou dix-sept, à la limite t’aurais peut-être eu besoin d’un coup de patte. Et encore…
Ah oui, petit détail concernant ma sœur. Arachis a une manière de s’exprimer plutôt … exotique. Un savant mélange d’argot des bas-fonds, à croire qu’elle a grandi dans les ruelles de Mass’Hillia, et de myrmes, sa langue maternelle, langue commune à toutes les créatures intelligentes de son espèce. Vous trouverez la traduction de ces propos barbare à part, et je me demande parfois si je ne vais pas en faire un dictionnaire d’ailleurs, tellement il y en a…
- J’étais occupé, figure-toi, reprend-elle. L’arbre est sûr pour la nuit, je l’ai tra’pé[2]. Et puis, deux korks solitaires ne sont pas plus dangereux pour toi qu’un vieux loup à l’agonie. Ils sont aussi forts qu’ils sont teubés, ce qui est plus un handicap qu’un avantage face à toi, alors s’taup ouin’er[3] un peu.
Je hausse les épaules.
- J’ai quand même dû utiliser ma magie.
Un petit vent commence à se lever, et je regarde la position de la Mère Soleil. Elle est basse dans le ciel, à la lisière de l’horizon, découpé par la chaîne montagneuse des Haute-Brumes, loin au sud. J’accélère mon repas.
- Par contre, fini vite ton affaire et vient, la nuit va tomber.
- Tkt[4], je ne crains pas la nuit comme toi, sœurette.
Je sens dans sa voix une pointe de raillerie et je souris.
Je rassemble mes affaires, étouffe le feu et stocke les restes de mon lapin dans une petite boîte hermétique que je glisse dans ma besace. Une fois mon campement propre, je monte à l’arbre. J’y trouve là-haut une branche assez large pour m’accueillir. J’y pends mes affaires et mes armes, mais garde quand même mon couteau à portée de main, au cas où. Je m’installe ensuite contre le tronc, referme ma cape sur mes épaules et ma poitrine et mets une petite couverture sur mes jambes. La nuit, il faisait frais.
Je sors ensuite un petit livre, aussi épais que large, et commence à lire en attendant ma sœur. C’était un grand classique que j’aimais beaucoup : l’Encyclopédie des Savoirs Anciens, écrite et illustrée par un grand Maître du Savoir de Mass’Hillia : Daraiden. Tous les grands mystères de notre monde y sont répertoriés et je ne me lasse jamais de le lire.
Une dizaine de minutes plus tard, je sens Arachis monter à mes côtés et se poser face à moi. Elle se recroqueville et plonge son regard à huit yeux dans les miens.
- C’est bon, tu as fini de téter ton kork ? Pouffè-je en observant mon amie, souriant d’oreille à oreille.
Comme je vous l’aie dit, Arachis est une tarenkas : une araignée géante. Enfin, un arachnide pour être plus précis. Les arachnides sont des créatures intelligentes dotées de paroles, appelées les aînés, engendrés par les Esprits Primordiaux à l’aube de l’Ère Sauvage. Mais cela, vous l’apprendrez en temps et en heure.
Arachis est donc assise sur huit pattes velues accrochées à un céphalothorax, tout aussi velu, qui porte une impressionnante paire de chélicères, un couple de pédipalpes souple et une ligne de huit yeux ronds et verts (deux, plus gros que les autres, au centre de ce qu’on pourrait qualifier de face, et les six autres, plus petits, répartis sur les côtés). Entre ces larges chélicères dégoulinants encore de sang et de poison, une gueule à la dentition bien garnie. Le reste de son corps est couvert d’un pelage brun, plutôt sombre, avec des collerettes orange vif au niveau de chacune des articulations de ses pattes.
Ma sœur agite ses pédipalpes, à la manière d’une paire de mains, comme elle avait l’habitude de faire lorsqu’elle était impatiente, contente, stressée ou en colère.
- Yep, et je kif les korks. Ils sont gouteux, ce qui va à l’encontre de leurs ganaches, j’te l’accorde.
Semblant se poser sur le tronc, l’araignée reprend :
- On est bientôt arrivé à Mass’Kiria, tu penses y rester longtemps ?
- En quoi ça t’intéresse, répliquè-je en arquant un sourcil.
- J’m’en contre-cogne en fait, mais j’veux juste savoir si tu comptes y rester deux jours ou deux semaines… Tu sais bien que la ville est moi, ça fait quatre.
Je souris.
- Tout dépendra de mon père, ma sœur. Le rapport qu’on lui ramène n’augure rien de bon, donc je pense que cela risque de durer plusieurs jours.
L’araignée me rend mon sourire en hochant la tête puis commence à ronronner alors que je lui passe la main sur le crâne. Hé, alors n’allez pas imaginer pas qu’une tarenkas ronronne comme un chat, hein. Cela ressemble plutôt à un léger sifflement stridulant.
Alors que je suis bercé par le ronronnement de ma sœur, je regarde les yeux mi-clos la soleil qui disparait lentement à l’horizon. Comme vous l’avez constaté, la soleil est un astre féminin. Une femme forte à ce qu’on dit.
Le ciel change peu à peu de couleur. Il se dégrade du bleu à l’orange, et les quelques nuages blancs qui courent dans le firmament passent quant à eux au rose. Cependant, alors que le crépuscule commence à couvrir la forêt, il vire à un rouge inquiétant.
À l’Est se lève Silik, la Lune Rouge…
Fronçant les sourcils, je range mon livre et attends un instant pour voir si Séléni allait suivre sa sœur. Mais il n’en est rien, Silik est belle et bien seule ce soir…
Silik la Rouge, la malfaisante, et Séléni la Blanche, la pure, sont les Lunes Jumelles de Ny’ar. Normalement, elles se lèvent ensemble chaque soir, mais parfois, une seule d’entre elles s’élève, ce qui est soit un très mauvais présage, soit un signe de très bon augure. Ce soir, le mauvais présage se profile à l’horizon, et je me demande si cela allait me concerner ou non.
Arachis, pas du tout impressionnée, regarde la lune comme en la défiant du regard en attendant que je m’endorme. Une fois fait, elle se permet de fermer ses yeux à son tour.
[1] np : abréviation d’Arachis pour ny’parack « pas de problème », en myrme.
[2] Tra’pé : « piégé », en myrme.
[3] S’taup ouin’er : de s’taup « arrêter », en myrmes, et oui’ner « se plaindre ».
[4] Tkt : abréviation d’Arachis pour th’or kana ty « ne t’inquiète pas », en myrme.
