Encyclopédie des Savoirs Anciens : Les korks
11/12/2015 14:14 par Lylhou
Les korks sont des créatures humanoïdes solidement bâties de la taille d’un homme de haute stature, descendant d’anciens démons. Ils ont des yeux farouches et injectés de sang, des cheveux rêches et longs, coiffés d’une paire de cornes torsadées ; une peau brune et poilue et un museau qui rappelle vaguement celui des hyènes, ou des loups, bien qu’il soit moins saillant. Leurs canines inférieures proéminentes dépassent de leurs gueules à la manière des défenses d’un sanglier, ce qui accentue leur côté sauvage, et leurs mains immenses sont dotées de longs doigts crochus. Leurs postures arc-boutées les rendent plus petits qu’ils ne le sont, mais ils peuvent facilement atteindre 2,40 m de haut lorsqu’ils se redressent de toute leur hauteur. Dernier signe distinctif des korks, ils ont une queue lisse, plus ou moins longue, terminée par une touffe de poil noir. Selon leurs cultures, la longueur de leur queue dépend de la qualité de leur sang et de leur lignage. Ainsi, plus elle est longue et plus leur sang est pur et se rapproche de leur engeance démoniaque originelle. Ainsi, les chefs de tribu, qui sont les individus les plus forts ou les plus rusés du groupe, ont aussi la queue la plus longue.
Malgré leurs puissances physiques, les korks ne sont pas très malins. Bagarreurs, ils ne comprennent que la force et ils se battent régulièrement entre eux. Ils combattent généralement avec des haches à deux mains et portent des armures de cuir rudimentaires. Ce sont de bons lanceurs de javelots, mais de piètres archers.
Les korks vivent en tribu d’une trentaine d’individus, d’une quarantaine au maximum, car au-delà de cette population, les tensions s’accentuent et deviennent tellement intenses que la tribu se scinde en plusieurs petits groupes après d’âpres combats meurtriers. Les korks occupent toutes les cavernes ou les ruines abandonnées qu’ils trouvent et ils mangent, dorment, forniquent et jouent tous dans la même pièce, sans aucune intimité. Le chef d’une tribu le reste jusqu’à ce qu’il se fasse tuer par un kork plus fort, ou empoisonné par un plus malin.
Les korks mâles sont habituellement les guerriers de la tribu et les chamans, tandis que les femelles, ressemblant trait pour trait aux mâles, s’occupent de mettre au monde les petits et de les élever. Il arrive que certaines d’entre elles soient versées dans l’art de la guérison, de la forge ou de la tannerie, mais cela reste assez rare. Les korks sont également capables d’entretenir des relations durables avec certaines créatures ténébreuses, notamment les loups des montagnes, avec qui ils partagent leurs territoires dans les Pics Déchiquetés.
Les premiers korks seraient sortis des entrailles du monde à la fin de l’Ère Sauvage, pendant la Guerre des Esprits, guerre qui s’est soldée par la défaite de leurs sombres maîtres. Suite à cette défaite, les korks auraient fui dans tout Ny’ar au lieu de retourner d’où ils venaient, dans l’Outre-Monde. D’ailleurs, dans leurs cultures barbares, l’Outre-Monde, que nous appelons aussi le Royaume des Morts, est un champ de bataille éternel et brûlant dans lequel ils se livrent à un combat perpétuel pour se préparer au Ragnarok.
Leurs grands nombres et leur capacité d’adaptation exceptionnelle ont fait que les korks occupent aujourd’hui chaque ruine et chaque territoire laissé à l’abandon et sans surveillance. Ils vivent aujourd’hui principalement dans les Pics Déchiquetés, dans l’Ouest, où ils sont des multitudes, mais ils hantent également les ruines des Collines Bleues, certaines régions de la Savane de Brokar ou encore les frondaisons sombres de La Sapine.
Pour tous les humains et les aînés, les korks sont considérés comme une plaie à éradiquer à vue.
Par sieur Daraiden, Maître du Savoir de Mass’Hillia
Chapitre I - Les éclaireurs
11/12/2015 14:13 par Lylhou
Je me jette sur le côté pour éviter le violent coup de hache qui me prend pour cible.
Le kork hurle, crachant un flot guttural d’injure et de salive, tandis qu’il réarme ses bras musclés. J’amortis ma chute par une roulade souple et me relève. Fronçant les sourcils, je le défie en le pointant de mon épée à large lame. Naturellement, le kork répond au duel immédiatement en se ruant sur moi, son biface (une espèce d’énorme hache à deux lames) au-dessus de la tête. Voyant arriver la brute à toute vitesse, j’esquive l’attaque en tournant sur moi-même et, tandis que le corps du monstre passe à mes côtés, un rictus se dessine sur mes lèvres. D’un rapide et puissant revers, je lui tranche sa gorge sale. Je lis dans son regard de la stupéfaction alors qu’il s’écrase au sol dans un gargouillis de sang.
Le deuxième guerrier hésite une seconde. Il serre les dents, se dandine sur lui-même ne sachant pas s’il doit m’attaquer ou tenter de fuir. Sachant que la seconde option lui serait fatale il n’a finalement pas tellement le choix. Et il le sait… Les korks sont des brutes, mais le courage est loin d’être une de leurs vertus, si un tant soit peu qu’ils en aient au moins une...
- Je suis Lylhou, fille de Vindikaëll, Rôdeuse d’Aurore Éternelle ! toisè-je en levant mon arme et en le défiant du regard.
Courte pause de quelques instants et je reprends, en fronçant les sourcils et en affichant un sourire conquérant :
- Magie élémentaire du Feu : Lame flamboyante.
D’un geste élégant, j’accompagne mon incantation en balayant de ma main la lame de mon cimeterre (une épée à large lame, originaire des Bédouins du Sud) qui, aussitôt, se recouvre d’un linceul de flammes orangées.
- Allez, viens, kork, je t’attends ! Aurais-tu peur d’une femme ?
Ce dernier plisse les yeux. Il semble encore hésiter, mais… je sens qu’il va craquer.
Il se rue tout à coup sur moi en hurlant, exactement comme son prédécesseur. À nouveau, un sourire se dessine sur mes lèvres et mes yeux mauves s’illuminent. Tellement prévisible.
Je me campe en position d’attaque : jambes légèrement écartées et décalées pour la stabilité ; bras gauche tendu devant moi pour l’équilibre ; et bras droit ferme, le tranchant de mon épée vers l’arrière, pour l’inertie de la frappe.
Prête à estoquer, j’attends le dernier moment pour esquiver.
- Ne m’prend pô pour un baqua ! beugle alors le monstre en lâchant d’une main son arme massive et en me saisissant le poignet. J’ai vu comment k’t’as esquivé Rakors’gh !
Il virevolte et passe derrière moi. Attrapant violemment ma gorge, il me soulève sans peine et me plaque contre sa poitrine crasseuse. Par Tain, je ne m’attendais pas à cela ! Il est plus malin qu’il n’y parait.
Je sens l’haleine fétide du monstre sur ma nuque, suivie d’un reniflement bestial.
- Tu as l’odeur d’la Mer… J’ai vu just', t’es bien une femme d’la Mer. Mais alors pourquoi maitrises-tu le Feu ?
Mon visage sourit à nouveau, bien que mon adversaire ne puisse le voir. Si seulement tu savais…
- Magie élémentaire de l’Eau : Peau aqueuse, murmurè-je d’un souffle, alors que les doigts puissants du kork renforçaient son étreinte sur ma gorge.
- K’est-ce qu’….
Je tombe au sol, m’accroupis, et mouline mon arme derrière moi. L’arc de cercle que décrit ma lame enflammée sectionne une grande partie de la cuisse du monstre, et ce, malgré sa protection de cuir crottée de boue, de sueur et de sang.
Le kork s’effondre, le regard stupéfié. Il avait perdu sa solide étreinte lorsque ma peau était subitement devenue glissante et huileuse.
- Tu maitrises l’Eau aussi ? Vocifère-t-il alors que je pose la pointe de mon épée sur sa gorge.
Comme seule réponse, je me contente de pencher la tête sur le côté, les yeux mi-clos, tenant cette monstruosité à ma merci.
- Ton silence insolent n’chang’ra rien ! grogne-t-il. Les Ténèbres vous écraseront, kom’elles l’ont fait durant l’Ère Sauvage ! K’tu sois une ondine mage d’Feu n’y chang’ra rien ! Tu périras d’nos mains !
- Cause toujours, j’attends toutes les pourritures de ton genre de pied ferme, kork. La question d’aujourd’hui n’est pas de savoir si les Ténèbres reviendront, mais pourquoi deux rats de ton espèce trainent dans cette forêt, si loin de vos cavernes infectes ?
- Ça n’te regarde pas, femme de la Mer et du Feu. Dyno’Nyku m’attend dans l’Outre-Monde, et j’attendrais avec lui l’Ragnarok où j’reviendrai pour t’faire payer cet affront !
- Puisses-tu trouver la paix dans ce sombre royaume qui t’est destiné. Et puis-ce ce royaume être assez grand pour accueillir tous les tiens que je terrasserais comme je t’ai terrassé aujourd’hui, chien puant.
Je crache au visage de mon adversaire et enfonce mon épée dans sa gorge poilue. Dans un râle sourd, le monstre m’injurie une dernière fois. Ses yeux rouges sang, empli de colère et de haine, finissent par s’éteindre alors que la flaque écarlate qui se déverse de son cou est bue goulument par la terre.
J’essuie la lame de mon cimeterre sur le dos crasseux du monstre, puis je le rengaine dans son fourreau de cuir qui pend à ma cuisse. Je récupère ensuite ma besace, que je passe en bandoulière, puis reprends ma route vers l’arbre qui trône au centre de la clairière, maintenant souillée du sang sale et putride des korks. Un arbre solitaire au milieu d’une petite clairière est un endroit rêvé pour passer la nuit à l’abri.
En effet, même si la Forêt de Broce-Liande, dans laquelle je me trouve à cet instant, est moins dangereuse que les sombres canopées de La Sapine, un peu plus au nord, il n’en reste pas moins que passer une nuit à terre est à la limite du suicidaire. Et ces deux éclaireurs korks avaient sans doute eu la même idée que moi…
